1ère Diagonale: Brest - Menton du 11 avril au 16 avril 1981

(dernière mise à jour dimanche 12 novembre 2006)

Diagonale FFCT: carnet de route n° 81014, homologation n° 81005

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  Récit (écrit fin avril 1981)

Diagonale faite en solo.

Préambule

J'ai l'habitude des grandes randonnées, notamment en cyclo-camping, mais hormis le Tour de France randonneur, je n'ai réalisé que peu de balades "officielles" sur de grandes distances. Il est temps d'entreprendre la série des diagonales.

A la mi-avril, le temps est généralement clément (cf. les Pâques en Provence précédentes), les jours suffisamment longs et l'envie de descendre dans le sud se fait grande. Enfin, débuter par la diagonale la plus longue, c'est, en cas de succès, un gage de réussite pour les "diags" qui ne manqueront pas de suivre.

L'entraînement de l'année

1900 kilomètres depuis le début février, le sommet étant la randonnée Lyonnais-Franche-Comté réalisée il y a quinze jours, 620 bornes et 3500m de dénivelée dans le week-end.

Le vélo

Roues de 700C, pneus de 25mm, 52. 38 28 au pédalier et 13.15.17.19.21.24 à la roue libre, éclairage à piles (boîtier Cyclu), sacoche de guidon de grandes dimensions qui contient les cartes Michelin, l'appareil photo, le matériel pour les petites réparations et la nourriture, porte-bagages arrière sur lequel sont attachés le lit-mousse, le sac de couchage et quelques vêtements.

L'itinéraire et l'horaire

Initialement, j'avais envisagé de réaliser le trajet en 92h, avec le découpage suivant :

1e étape : Brest (samedi 22h) - Châtelleraut (dimanche 20h30), 480km
2e étape : Châtelleraut (lundi 7h) - Peschadoires (lundi 21h), 300km
3e étape : Peschadoires (mardi 12h) - Menton (mercredi 18h), 580km

mais depuis la balade de dimanche dernier, huit jours avant la diagonale donc, où j'en ai bavé pour faire 100 bornes en Haute-Loire, j'ai revu mon horaire à la baisse, à savoir :

1e étape : idem
2e étape : Châtelleraut (lundi 8h30) - Peschadoires (lundi 24h) 300km
3e étape : Peschadoires (mardi 12h30) - Valence (mardi 23 h) 200km
4e étape : Valence (mercredi 7h) - Castellane (mercredi 21h) 250km
5e étape : Castellane (jeudi 5h) - Menton (jeudi 11h15) 130km

soit 1360km en un peu plus de 109 heures.

C'est ce deuxième découpage, en cinq pages, que j'emporte et auquel je me référerai tout au long de la balade.


Le voyage de Lyon à Brest par le train, ça n'est pas l'idéal pour récupérer du manque de sommeil des nuits précédentes. Un wagon surchauffé, une colonie de vacances en transes, trois changements de train, font que le cyclo arrive à Brest à 20h45 avec un bon mal de crâne et une forte envie de bailler.

1ère étape: samedi 11 et dimanche 12 avril 1981
Brest (Finistère) - Boussais (Deux-Sèvres) 430km

22 heures à l'hôtel de police. Quelques mots amicaux échangés avec M. Le Jolivet qui me guide dans la sortie de Brest. La pancarte indique la sortie de Brest, c'est le premier arrêt et la première photo. Curieusement, je n'ai pas une forte envie de rouler, je ne connais même pas la traditionnelle phase de fébrilité qui fait parfois avaler les bosses du départ sur le grand plateau.

II fait doux, le vent souffle légèrement du sud et, bien vite, j'utilise le 26:19.

Le détour par l'Hôpital, conseillé par M. Le Jolivet, évite la route express certes mais emprunte une route bien défoncée. Dans la montée sur Pont de Buis, le genou gauche me fait légèrement souffrir, mais je ne m'inquiète pas, systématiquement il me fait cela après trente kilomètres, sans doute tant qu'il n'a pas trouvé l'élongation idéale.

Chateaulin, 53km. Premier véritable coup de pompe de la balade. Je passerais bien la nuit ici mais la raison me force, après trois quarts d'heure d'arrêt photo-bouffe-glande à reprendre la route. Cette route est d'ailleurs fort agréable qui me conduit à Kemper par monts et par vaux.

A présent, et jusqu'à Rosporden, c'est carrément l'état de grâce. Je me vois déjà arrivant à Pont de Dore-Peschadoires en une seule étape puis effaçant les bosses de la route Napoléon en quelques heures.

Rosporden, 3h30, le défilé des voitures dans l'autre sens est continuel, le dancing sur la droite explique bien des choses. Ah, bagatellistes de tout poil, si vous rouliez à vélo, vous m'éblouiriez un peu moins...

A Quimperlé, deux jeunes en voiture n'en croient pas ma plaque de cadre d'autant que j'affirme être à Menton dans trois jours:

- Vous aurez votre photo dans le canard, alors?

- Oh! Vous savez je suis loin d'être le premier à faire ce genre de truc.

La sortie de Quimperlé se fait en plein brouillard et les forces commencent à m'abandonner. Hennebont, 151km, 6h du matin, j'ai une demi-heure de retard sur l'horaire, je m'assois sur un banc et avale quelques bouchées de purée de légumes au gruyère, songeur.

A Landévant, le jour se lève, je suis mort de sommeil et je recherche nerveusement un coin pour m'allonger et dormir. Finalement, c'est sur un coin de lande, deux kilomètres après la sortie du bled, que je m'écroule, complètement épuisé.

8h30.Cette heure de sommeil m'a fait un bien incroyable. Je rejoins Auray sur un 52:19 euphorique. Là, arrêt boulangeries: pizza, pain aux raisins, tout cela en face d'une magnifique maison à croisillons. Un groupe de cycles passe. Je les salue, range précipitamment mes affaires et part à leur poursuite, ça sera bien agréable de rouler à plusieurs. Las, ils bifurquent sur la gauche. Avec raison d'ailleurs, car la voie express pour Vannes, même un dimanche matin, ça n'est pas l'idéal pour le cyclotourisme. Vannes, 200km, 10h du matin.

Le temps est gris, le vent souffle de trois quarts face, la route ne cesse de descendre et monter. Bien la peine d'avoir choisi ce sens. Heureusement, le pittoresque site de La Roche-Bernard rompt cette monotonie.

Une bonne surprise, l'entrée de Nantes par la route de Sautron. Une ville paisible, bien verte avec un superbe jardin public à l'anglaise.

Je me perds un peu dans les faubourgs avant de me restaurer au café de Nice, un nom prédestiné, je l'espère. Les discussions tournent autour de la défaite du Football club à Bordeaux, et ce sur le score de 4 à 1. L'équipe de Nantes souffre du mal français, le milieu de terrain construit, mais les attaquants ne marquent pas.

Il fait très beau, le vent est défavorable, je pédale, donc je construis, mais je ne concrétise guère, i.e. je ne réduis pas mon retard qui s'élève à quatre heures à Clisson. Joli bourg, joli château, dommage pour la photo que ce soit à contre-jour. La route est pleine de bosses, je commence à me poser des questions sur les étapes de plat du tour de France: où les organisateurs arrivent-ils à trouver du plat? Si l'on ne peut même plus compter sur l'ouest, alors... Le vent est toujours aussi désagréable. Heureusement, j'ai le soleil dans le dos, c'est plus reposant pour les yeux.

Bressuire.405 km 21h50.Il fait nuit, je remets mon collant long. Il reste 80 bornes pour aller à Châtelleraut et je passe près d'une heure à glander. Le gérant du casino ouvre son magasin pour m'approvisionner en piles. Au café, j'écoute les jeunes blaguer. A l'instant présent, je les envie et je ne crois pas que ce soit réciproque.

La sortie de Bressuire se fait sur le grand plateau. Je pète la forme, d'autant plus que je sais que je vais quitter l'infâme nationale et sa cohorte de phares qui mène à Poitiers, pour emprunter une petite route tranquille.

Emporté par mon élan, j'oublie de tourner à gauche au bon moment, mais ce n'est pas grave, il y a d'autres routes pour rejoindre Faye l'Abbesse.

Boussais. 23h20. 427km.Un petit village endormi, j'y cherche un toit. Il y a une grande place et finalement je m'installe sous le porche de la salle municipale. Demain, il fera jour.

2ème étape: lundi 13 avril 1981
Boussais (Deux-Sèvres) - Culan (Cher) 215km

7h30. Bonne nuit réparatrice. Je prends un café et achète le journal, Hinault a remporté Paris-Roubaix au sprint : première bonne nouvelle. La navette est bien partie : deuxième bonne nouvelle. Si je rallie Peschadoires d'une traite, ça fera trois bonnes nouvelles.

Ne serait-ce le vent, il est bien agréable de rouler dans le département des Deux-Sèvres. Des ondulations, de l'herbe bien verte, du soleil.

Mirebeau, perchée sur sa côte est plongée dans une douce léthargie.

J'arrive à Châtelleraut à midi dix. La ville est fleurie et animée. Le pont sur la Vienne et las jardins publics sont accueillants et favorisent la restauration et la détente.

Midi cinquante. Il est temps de repartir (avec 4h20 de retard sur l'horaire). La sortie de la ville est pénible. La route monte, j'ai un point de coté droit et plus de jus. Après un arrêt supplémentaire imposé par les intestins, j'arrive à repartir.

C'est une caractéristique de cette diagonale qu'après chaque arrêt, la forme soit inversée : après une période de "pêche", c'est l'anéantissement et réciproquement (dans le meilleur des cas).

A présent, ça va mieux, la petite route à la sortie d' Angles-sur-l'Anglin serpente dans de riants bocages.

Le Blanc, 116km. 15h45. Le pont sur la Creuse vaut le coup d'œil, mais le coup de pompe me reprend et l'appareil photo reste dans son boîtier. A Ruffec, l'été est torride. Je m'impose, à l'ombre, un arrêt-bouffe d'une demi-heure. Puis la route longe la Creuse, paisiblement, au moins jusqu'à Saint-Gaultier.

Argenton-s-Creuse. 155km. 18h10. Le retard sur l'horaire se monte à 5h30, tâchons d'aller jusqu'à Montluçon, ça sera suffisant. Mais à Neuvy, je fais un nouvel arrêt-bouffe de près d'une heure. Le sommeil m'ayant quitté, j'envisage à nouveau d'atteindre Pont-de-Dore d'une traite.

Chateaumeillant. 211km. 21h50. Le sommeil me gagne, je cherche un abri sur les côtés de la route et atteins ainsi Culan où j'essaie en vain de pénétrer dans la salle des fêtes. Finalement, après deux nouveaux kilomètres, je prends un petit chemin sur la gauche. Il y a un pont sous le chemin de fer. Il est 22h40, ça fera un parfait abri contre la rosée, j'y étends mon lit et mon duvet.

3ème étape: mardi 14 avril 1981
Culan (Cher) - Peschadoires (Puy de Dôme) 138km

A 7h 20, je décampe. La journée s'annonce belle. Je déjeune tranquillement dans un troquet de Montluçon et me demande si les clients du café, en voyant les couleurs de mon club, l'ASG Vichy, peuvent se douter de la randonnée que je suis en train de réaliser. Encore qu'en face de la glace, je sois plutôt noir et que pour se salir autant en venant de Vichy, il faudrait sans doute être passé dans les fossés.

A présent, j'aborde la première partie vraiment accidentée du parcours. Les montagnes russes doivent se succéder jusqu'à Combronde, et ce vent du midi qui ne veut pas se calmer... Dans la bosse de Ars, la roue arrière frotte contre les patins de frein. Ce n'est pas un sabotage, non, seulement un moyeu trop joueur puisque la jante se balade latéralement de un centimètre. Damned! Au premier garage de Montaigut, je mets la roue sur l'étau, enlève la roue libre, graisse et règle le jeu de mon moyeu, et que vogue la galère!

Au bout de cinq kilomètres, la roue se balade tout autant qu'avant. Heureusement que la maison se rapproche. Du côté du Pont de Menat, l'Auvergne est très verte et la route permet de belles échappées sur le Château Rocher et la vallée de la Sioule. Puis c'est le Puy de Dôme, entouré de brume qui se profile tout près sur la droite.

A 14h, j'attaque la plaine de la Limagne, sur des routes bien connues et surchauffées. Enfin, à 14h45, je suis à la maison à Peschadoires.

Un bon repas, un bon bain, la visite à mon vélociste habituel pour récupérer une roue arrière neuve, un peu de mécanique, et il est déjà 20h, grand temps d'aller faire la sieste. J'ai regardé l'atterrissage de la navette spatiale à la télévision. Bravo à la technique américaine. Quant à moi, je ne suis pas encore sorti de l'auberge.

4ème étape: mercredi 15 avril 1981
Peschadoires (Puy de Dôme) - Serres-sur-Buech (Hautes-Alpes) 331 km

0h40. Je pars après trois bonnes heures de sommeil et avoir embrassé mes parents. Nous sommes mercredi, j'ai 12 heures de retard sur l'horaire et il me reste 580 bornes à couvrir en moins de 41 heures. Du quatorze de moyenne ce qui compte tenu de l'état de fatigue, du profil de la route et du sens du vent risque de ne pas être de la tarte.

Heureusement, je connais l'itinéraire -au moins pour le début- par cœur, et pour cette nuit, je pourrai pratiquement rouler sans lampe.

J'atteins Noirétable en deux heures moins dix, il me faut d'habitude environ une heure vingt, et pourtant je n'ai pas l'impression de mal rouler. J'ai une certaine expérience des nyctalos, totales ou partielles, et cela ne présage rien de bon. Ça ne m'empêche d'ailleurs pas de m'arrêter dix minutes pour casser une graine.

Boën, Montbrison, c'est un parcours moult fois emprunté, et il me revient en mémoire une flèche homérique, il y a quatre ans, où nous restions à trois sur cinq partants, dont un mal au genou, un accidenté, et l'auteur de ces lignes, qui fêtait ses vingt ans et qui, pour une fois, était le seul d'aplomb.

Les temps ont changé, l'âge est venu, et je m'octroie vingt minutes d'arrêt à Montbrison. Quelques ouvriers, le casse-dalle dans la musette, partent bosser, et, même si j'ai sommeil, même s'il tombe quelques gouttes bien froides, même si j'ai un bon coup de soleil dans le dos -comme un âne, j'ai roulé torse nu hier-, même si je trimballe une tente -je l'ai récupérée à Peschadoires, en vue de quelques jours de cyclo-camping dans l'arrière pays niçois- et que ça ralentit ma progression, même si..., j'aime mieux être à ma place qu'à la leur.

Saint-Etienne. 110km.7h. Pause café dans un bistro. Il n'y a que douze partants pour le tiercé et ça amuse ce brave Stéphanois qui descend son verre de vin blanc matinal.

Pour le col du Grand-Bois, un seul partant, devinez qui ! Depuis que j'ai la chance de grimper ce col, je ne l'ai trouvé qu'une seule fois facile, la première, j'avais dix-sept ans, un vélo en tuyau de poêle, un sac à dos bien rempli et grimpais habituellement plutôt mal. Mais depuis, à chaque fois, j'explose, tantôt d'entrée et tantôt à Planfoy. Aussi, aujourd'hui j'annonce la couleur d'entrée de jeu: 28:21. Cela me sauve et je suis au sommet plus tôt que prévu. Je reste d'ailleurs un bon moment, non pour récupérer, mais pour flâner.

- Marc, semblent me souffler les Grands Bois, secoue-toi un peu, tu fais une diagonale, et ne l'oublie pas, tu n'es pas en avance !

Bourg-Argental. 137km. 9h15. Le vent est toujours hostile. A partir de Davézieux, je me mets à la recherche d'un endroit tranquille pour dormir un peu. Peu après Sarras, un petit chemin attaque la falaise sur la droite.

Hop, un coup de guidon à droite, trois coups de pédale, et je m'écroule sous un pommier, à l'abri de la circulation dévastatrice.

Quatre vingt dix minutes de sieste pendant lesquelles, miracle, le vent a tourné : c'est un petit vent de noroît, oh ! Pas démentiel, non, mais néanmoins bien présent, efficace et encourageant. C'est un allié modeste mais ce serait un ennemi perfide. Du coup, à l'arrêt-bouffe de Tournon, je vois tout en rose.

Valence, Montmeyran, Crest, une nouvelle partie de la balade a commencé, la dernière. A Crest, j'ai bien du mal à suivre deux cyclos à sacoches qui bifurquent ensuite sur Saou. En baver pour enrouler 38-15 sur le plat et dans la roue avec le vent dans le dos, ce n'est pas un signe de forme.

Die. 16h30. Une nouvelle demi-heure d'arrêt. Puis, peu avant le carrefour d'avec la route qui mène au superbe col du Royer, je suis victime d'une crise de sommeil aiguë. Je me maintiens péniblement sur le vélo, car je tiens à effectuer la descente du col de Cabre de jour, et fais le plein de boustifaille à Luc.

Beaurières. J'escalade le col de Cabre en moulinant le 38:21. Ce col est facile, je l'avais grimpé en 40:20 avec les bagages, la dernière fois, mais n'en demandons pas trop.

A 1180m, le point culminant de cette diagonale, il est 19h50. Restent 270km à couvrir en 22h. Objectivement faisable. Par contre, il fait très froid (tiens tiens, n'aurais-je pas eu le vent favorable dans la montée?). La descente jusqu'à Apremont est rapide. Il est 20h30, la restauratrice n'a pas de tampon mais me propose une signature. Je déniche la boîte aux lettres à l'intérieur du village.

A présent, j'ai bien sommeil, et je commence à chercher un toit, n'ayant pas envie de monter la tente. Peu après Serres, une pile de pneus usagés derrière un grand garage me semble au premier abord accueillante. Finalement, c'est très sale, et je préfère dormir à coté. N'oublions pas de remonter le réveil à minuit.

5ème étape: jeudi 16 avril 1981
Serres-sur-Buech (Hautes-Alpes) - Menton (Alpes-Maritimes) 246 km

Il est 0h20. Le vent du nord balaie doucement le haut plateau provençal, les étoiles scintillent et la lune luit. Eyguians, Laragne-Montéglin, des noms qui chantent, je fais à nouveau du cyclotourisme, et ce d'autant que je ne connais pas cette route, et curieusement, j'ai l'impression d'être déjà arrivé.

Sisteron, 32km, un virage, un tunnel éclairé et un chouette centre ville. Pause déjeuner de vingt minutes. Chateau-Arnoux, les usines au loin resplendissent de mille feux. Mais à Malijai, c'est trois heures du matin et j'ai à nouveau sommeil. Peu après le village, j'avise une bergerie avec un coin de paille en contrebas de la route, l'idéal pour dormir à nouveau une heure.

Peu après le hameau des Grillons, la D17 permet d'éviter Digne et de gagner quelques kilomètres. J'ai lu récemment dans "Cyclotourisme", les avatars d'un diagonaliste qui a continué tout droit, deux kilomètres après le Chaffaut. Cette mésaventure ne m'arrivera pas, d'ailleurs le croisement est clairement indiqué.

A l'entrée de Chateauredon, je casse mon second cale-pied. Je stoppe pour le remplacer par un neuf, un chien se met à aboyer dans une ferme proche, le maître sort, se rend compte du danger et rentre. Tant mieux si ça l'a réveillé, il y en a marre de ces chiens qui aboient pour un rien.

Puis, désagréable surprise, le vent souffle violemment de face le long de l'Asse. Quoi qu'il en soit, seul un bris de matériel pourrait désormais me faire manquer l'objectif. La clue de Chabrières est pareille à une soufflerie. 38:21. Enfin Barrême, il est 7h10. La boulangerie n'ouvre qu'à 7h30, j'attendrai. Le thermomètre du café affiche zéro degré. Il est vrai que ces vallées encaissées, à 700m d'altitude, accusent de grosses différences de température entre le jour et la nuit. 7h50. J'ai bien mangé et il faut avaler le col des Lèques. Cela se passe bien, il fait beau et j'atteins Castellane à 9h25.

Le village semble être en vacances, je m'arrête une demi-heure supplémentaire. Deux cyclistes sortent de l'hôtel, gonflent les boyaux dans des tenues de frime, font deux tours de piste et prennent la route de Nice. Les reverrai-je? Puis arrivent quatre cyclo-campeurs. En d'autres circonstances, j'engagerais tout de suite la conversation, mais là, par souci d'économie, je préfère ne pas gaspiller mes moments de lucidité.

Il reste 130bornes, plus de huit heures de délais, sur une route qui me semble facile, et j'ai la pêche. Que demander de mieux?

Col de Luens, col de Valferrière, pas de la Faye, col du Pilon, autant de bosselettes allègrement effacées. Je roule pendant une heure en chantant à tue tête. Il faut dire que ça sent l'écurie et cependant, à Grasse, j'éprouve le besoin de souffler -et de manger-.

Les yeux sont rouges, et j'atteins Villeneuve-Loubet en faisant du derny derrière un coureur qui ne pinaille pas. Dommage qu'il n'y ait pas de bosse, je me serai fait un plaisir de le flinguer.

A Nice, l'euphorie s'estompe, je reviens sur terre, le ciel est gris, la mer aussi, la plage toujours caillouteuse, le troquet cher, et la basse corniche ne fait rien qu'à monter et à descendre. Quel sale coin ! Les bagnoles, de toute nationalité, sont vraiment les reines ici. J'en croise une immatriculée dans les Pyrénées-Atlantiques, avec deux vélos sur le coffre. Diantre, elles ont des plaques de cadre, mais je n'ai pas le temps de lire les destinations.

Plus loin, je fais une halte au-dessus du tennis-club de Monte-Carlo. Un match de tournoi international s'y déroule, invisible depuis la route, bien sûr, par contre on voit fort bien les matches d'entraînement sur les terrains annexes. Ça change.

Mais il faut bien terminer cette diagonale, je suis là pour ça, et je donne donc quelques coups de pédales supplémentaires pour atteindre Menton vers l6h45. Là, j'apprends que j'ai été précédé d'une heure ou deux par deux "Hendaye-Menton".

Ensuite, je gagne le camping du Val Gorbio, dresse la tente, prends une douche et commence un sommeil qui durera 15 heures.

Epilogue

Comme bien l'on pense, bien plus que la diversité des paysages, c'est cette lutte quasi permanente contre le sommeil, qui m'aura le plus marqué au cours de cette diagonale.

Le principe de ce genre de balade m'a cependant beaucoup plu.

Une prochaine fois donc, pour mieux goûter aux plaisirs sportif et touristique que procure une diagonale, je tâcherai de prendre le départ le matin, et ce après une bonne nuit de sommeil.



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