3ème Diagonale: Perpignan - Dunkerque du 29 mai au 2 juin 1982

(dernière mise à jour dimanche 12 novembre 2006)

Diagonale FFCT: carnet de route n° 82080, homologation n° 82113

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  Récit (écrit en juin 1982)

Trois participants: Hervé Burtschell, Jean-Michel Clausse et Marc Liaudon.

1ère étape: Samedi 29 mai 1982
Perpignan (Pyrénées Orientales) - Le Caylar (Hérault) 171 km

Vers 14h30, les trois diagonalistes quittent Perpignan. Hervé, qui a repris le vélo à l'Ascension pour une randonnée de quatre jours reste sur une impression mitigée et pense avant tout a ménager la chaudière. Moi j'ai fait Versailles-Puy de Dôme la semaine passée: la distance n'a pas posé de problème, mais impossible de dépasser le vingt kilomètres à l'heure. Jean-Michel, en grande forme dans cette même épreuve devrait donc être notre locomotive. Hélas, il a contracté une tendinite surprise il y a trois jours, il boîte bas, bouge son genou avec difficulté et ne pourra donc sans doute pas aller bien loin.

Malgré tout, le moral n'est pas trop mauvais car, à la surprise générale, un vent violent nous pousse vers le Nord. A Narbonne néanmoins Jean-Michel se dirige vers la gare : nous lui souhaitons de se remettre vite et d'être en pleine forme la prochaine fois.

Nous avons à présent quitté Narbonne depuis quelques kilomètres et en sommes encore à commenter l'abandon de notre collègue quand un avion revient sur nous, le visage bien plus clair qu'il y a quelques minutes:

" - Une fois ôtés genouillère et collant long, j'avais encore mal, mais vraiment plus assez pour monter dans le train, alors me voilà..."

A la sortie de Lodève, il est 22h et se dresse devant nous la première rampe sérieuse de la balade: celle qui conduit de la plaine de l'Hérault au plateau du Larzac. Nous venons de dîner et il est des activités plus propices à la digestion mais mieux vaut passer maintenant que demain à l'aube et le ventre creux. La nuit est noire et le vent s'engouffre puissamment dans le pas de l'Escalette. Au Caylar le propriétaire du camping nous ouvre une caravane, le luxe sur ce plateau plutôt désolé...

2ème étape: Dimanche 30 mai 1982
Le Caylar (Hérault) - Saint Germain-Lembron (Puy de Dôme) 244 km

7h1/4. Nous quittons Le Caylar. Jean-Michel a couché dehors car il n'y avait, paraît-il, pas assez de place à l'intérieur. Il fait très gris sur le plateau, nous essuyons même un petit grain mais le vent nous pousse toujours.

Aux arrêts, aussi bien le petit déjeuner de L'Hospitalet que la collation de fin de matinée à Séverac, tandis qu'Hervé et moi nous restaurons, Jean-Michel passe le plus clair de son temps à se pommader le genou, et pas que le genou d'ailleurs, car à force de ne pouvoir rouler en danseuse, il paraît qu'on attrape des furoncles...

Les kilomètres aidant, les "anciens" retrouvent peu à peu la forme, tandis que l'avion qui ne marche qu'avec un seul réacteur et un demi train d'atterrissage commence à s'essouffler. Sa traversée de l'Aubrac le nez dans le guidon et constamment deux à trois cent mètres derrière ses collègues qui, eux, devisent allègrement, en est la preuve.

Surgit le viaduc de Garabit: pas très cyclable, mais qui permet de belles échappées sur la vallée de la Truyère. Une fois de l'autre côté, il s'agit de retrouver la route. Jean-Michel en profite pour crever et moi pour faire la sieste.

Au col de la Fageole Hervé, décidemment réveillé, empoche les bonifications. Nous dînons de l'autre côté du col, au milieu des touristes endimanchés du Babory de Blesle, puis atterrissons dans une belle grange des abords de Saint Germain-Lembron.

3ème étape: Lundi 31 mai 1982
Saint Germain-Lembron (Puy de Dôme) - près Donzy (Nièvre) 251 km

Il est 9h et demie quand nous faisons halte à Clermont-Ferrand. Ma mère est à l'appartement et nous prenons le deuxième petit (?) déjeuner de la journée, arrosé de douches et de changements de rayons.

Il fait un superbe soleil et nous parcourons grosso modo à l'envers le trajet d'il y a huit jours. Les petites routes sont désertes et nous sommes pourtant un Lundi de Pentecôte, rien à voir avec Brest-Strasbourg de l'an passé à la même époque. Bravo Marc, tu as bien dessiné l'itinéraire. Après tout, il n'y a pas que la pommade pour les genoux, n'est-ce pas Jean-Michel....

Nous longeons l'Allier puis la Loire par leur rive gauche, chemin traditionnellement emprunté par les 300 Audax de début de saison de l'A.S.G.Vichy. Apremont, c'est aussi pour moi le souvenir d'un terrible orage essuyé l'an passé au cours de Zurich-La Rochelle.

Le repas du soir est pris à La Charité sur Loire où nous croisons la Nationale 7 et sa cohorte de rampants. Environ trente kilomètres plus loin et alors que le jour se meurt, nous arraisonnons une construction en bordure de route pour y passer la nuit.

4ème étape: Mardi 1er juin 1982
près Donzy (Nièvre) - confins de l'Oise et de la Somme 284 km

La route serpente à travers les collines très boisées du Puisaye. Les rampes pourtant modestes peuvent être sélectives pour des grimpeurs à la recherche de leur coup de pédale optimal et de leur petit déjeuner.

Les confins du Gâtinais, le Val de Seine inondé de chaleur sont effacés, la Brie arrive.

Du côté de Rozay, Jean-Michel qui zigzague sur la route doit prendre sur lui pour ne pas se laisser distancer. Etonnant contraste avec Versailles-Puy de Dôme qui nous permet, à Hervé et à moi, de redoubler de péroraison sur la dure condition des champions.

A Meaux, coucou les voilà. C'est des camions qu'il s'agit. Méchantes Nationales où il n'est plus question de rouler de front ni donc de refaire le monde. Mais au Plessis-Belleville, voici à nouveau la route "blanche" et c'est à mon tour d'exploser.

A quoi bon évoquer une fringale? Et quand bien même, il n'est pas plus excusable -ou moins accablant- d'exploser à cause d'une fringale, d'un mal de genou, d'un organisme moins entraîné ou à cause de possibilités physiques plus limitées.

Heureusement, à Rully, il y a un café-épicerie. C'est d'ailleurs le type d'endroit idéal car on peut manger sur place ce qu'on vient d'acheter. Quand nous le quittons, ce café sent toujours le terroir mais un peu moins le "gros rouge" et un peu plus le yaourt.

Après de telles agapes, il faut bien, à un moment ou un autre, s'alléger. L'opération se produit pour moi à la sortie de Verberie. Hervé continue seul devant. Jean-Michel jette un oeil à la photocopie de carte Michelin dont je dispose -l'itinéraire y est surligné de jaune-, note dans sa tête les noms essentiels et rejoint le collègue.

Il s'est écoulé dix minutes quand je repars et j'essaie de rouler vite pour rattraper ceux qui me devancent. Mais il se met à pleuvoir et il faut s'arrêter pour bâcher. Ensuite, le cinquante dents se fait lourd dans les jambes et l'allure faiblit.

Il y a une succession de carrefours d'où partent des routes d'égale importance et je me dis que si Jean-Michel parvient à se souvenir de l'itinéraire, ça tiendra du miracle.

Verberie est à présent quarante kilomètres en arrière, la nuit est là, et il serait étonnant de retrouver les collègues ce soir. Aussi, autant filer jusqu'à Montdidier et guetter leur passage demain matin de bonne heure, à la sortie de la ville. Il serait dommage de terminer cette diagonale chacun de son côté, comme ça c'était passé l'an dernier pour un La Baule - SuperBagnères où, après Nérac, mes collègues de rencontre d'alors -deux cyclos de l'ASPTT Angers- avaient filé sur Condom par un autre chemin.

J'en suis à envisager néanmoins cette éventualité quand, dans le fossé, un feu rouge attire mon attention: c'est celui d'un vélo, et Jean-Michel est à côté:

" - II y a une grange ici. Nous venons d'arriver et avons installé le vélo avec la loupiote pour que tu la vois en passant."

5ème étape: Mercredi 2 juin 1982
confins de l'Oise et de la Somme - Dunkerque (Nord) 187 km

6h30.La brume matinale baigne la Picardie, il fait plutôt frisquet. Mais le soleil apparaît au dessus de la vallée de l'Avre et les cyclos bavardent allègrement.

Doullens. 1Oh.Deuxième arrêt buffet de la journée mais Jean-Michel écourte la pause:

" - Je me sens un peu juste aujourd'hui et je préfère partir premier pour attaquer doucement."

Dix minutes plus tard, c'est à notre tour d'attaquer la bosse qui domine Doullens. Nous roulons d'ailleurs assez fort à travers la campagne picarde, et à notre grand étonnement, ne rejoignons toujours pas notre collègue. Il faudra finalement couvrir quarante kilomètres, c'est à dire entrer dans Fiefs, pour rejoindre celui-ci et le voir sortir d'une épicerie, les poches remplies d'anti-fringales.

" - Pour un homme soi-disant mort, tu n'as pas trop pinaillé,

  - Non non, j'ai roulé à ma main, régulier."

En fait, nous ne saurons jamais si Jean-Michel avait retrouvé la pêche, car une fois réunis tous les trois, c'est à nouveau lui qui explose. Certes, nous prenons un malin plaisir à accélérer dans les bosses, mais n'est-il pas meilleure façon pour insérer un handicapé dans la vie de tous les jours, que de se comporter avec lui comme s'il n'avait pas de handicap? Celui-ci s'est d'ailleurs mis dans la tête de ne plus s'arrêter de la journée, et ce, pour rallier Dunkerque en moins de quatre jours pleins. Comme quoi, si on ne veut pas qu'ils se mettent à dérailler, il vaut mieux ne pas laisser les jeunes rouler seuls trop longtemps.

" - On est d'accord, mais à condition de manger d'ici là.

  - Et donc de s'arrêter."

Et donc d'abandonner cette idée. C'est d'ailleurs chose faite du côté de Saint-Omer.

La fin de parcours après Watten est assez laide. Le long du canal, la chaleur est torride et l'air très humide. Hervé, d'habitude intarissable, se cale dans les roues sans mot dire. Lui en particulier semble ne pas apprécier cette Camargue pré-dunkerquoise.

Vers 16h, nous sommes à Dunkerque. Il reste une bonne heure à passer avant le départ du train de Paris et l'essai d'Hervé pour obtenir le droit de prendre une douche au commissariat demeure infructueux. Aussi, c'est maculés de la crasse et de la sueur de trois jours que nous montons dans le train.

Epilogue

A cause d'une préparation un peu juste pour Hervé et pour moi, à cause d'un genou en disgrâce pour Jean-Michel, nous appréhendions cette diagonale. Finalement, elle aura été la plus facile: sur quatre participations pour Hervé, sur trois pour moi, et pour cause pour Jean-Michel dont c'était la première.

Grâce au vent toujours favorable, nous avons gagné deux à trois heures par jour environ, donc autant de fatigue en moins et de sommeil en plus -environ sept heures par nuit-.

Les routes, de petite importance à l'exception de la Nationale 9 difficile à éviter à moins d'allonger de cent kilomètres, ont permis de rouler l'esprit tranquille et de bavarder sans discontinuer. Notons au passage le côté pratique des photocopies de cartes Michelin où l'on surligne l'itinéraire: c'est léger, peu encombrant et efficace.

Enfin, grâce à des étapes pas trop longues, environ 250 kilomètres maximum par jour, nous avons chaque fois pris le repas du soir au restaurant et par conséquent limité les chances de "coups de pompes" généralisés.

A noter pour terminer, que cette période de l'année - fin mai, début juin - est idéale pour une diagonale, les jours sont longs, la nature est riante et on a envie de faire de la bicyclette.

        Marc Liaudon, juin 1982



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