5ème Diagonale: Strasbourg - Perpignan du 16 au 19 mai 1985

(dernière mise à jour dimanche 12 novembre 2006)

Diagonale FFCT: carnet de route n° 85081, homologation n° 85061

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  Récit (écrit en mai 1985)

Deux participants: Jean-Michel Clausse et Marc Liaudon.

1ère étape: Jeudi 16 mai 1985

Jean-Michel Clausse et moi nous présentons au départ de cette diagonale avec un entraînement somme toute modeste.

Pour lui un ou deux week-ends de cols et la participation aux 24heures de l'INSA de Lyon le dimanche précédent. Pour moi, trois sorties de guère plus de cent bornes remontant à un mois, mais aussi de nombreuses sorties plus courtes tantôt à un rythme .soutenu, le plus souvent sur l'anneau de Longchamp, tantôt à rythme plus modéré en compagnie de Catherine.

Rien à voir en tout cas avec la préparation à coups de brevets de 200, 300, 600 km pour Brest-Menton en avril 1981, et pas même de footings pendant l'hiver à cause d'un genou devenu récalcitrant à ce genre d'efforts depuis l'an passé.

La blessure est d'ailleurs une crainte, bien plus que la fatigue que l'on vainc presque toujours, et que le manque d'entraînement qui se comble de lui-même au fur et à mesure.

A 8h.30, Jean-Michel débarque à la gare. Quelques réglages des vélos, un fil de feu arrière par ci, une hauteur de selle par là et nous voilà pédalant jusqu'au salon de thé... On n'est pas pressé, donc on ne cherche pas à gagner de temps, on peut lire le journal, commander de quoi manger à nouveau, rêvasser, ce sera d'ailleurs le cas presque à chaque arrêt et ça expliquera notre difficulté à tenir l'horaire moyen.

Un bon petit vent de face pour gagner la place Kléber et le commissariat et un soleil radieux, voilà qui ne nous incite pas à forcer notre nature indolente. Puisque la diagonale se présente aussi bien, pourquoi vouloir accélérer le mouvement. En fait, seul Jean-Michel se fait un peu de souci, parce que ses sacoches sont encore pleines d'objets des balades précédentes, pour certains encombrants et lourds. D'ailleurs il a apporté tout ce qui est inutile sauf ce qui était convenu, c'est-à-dire l'appareil photo Minox.

Il est 11 heures moins dix minutes. Jean-Michel regarde, l'air détaché, l'agent enregistrer mon numéro de diagonale dans son registre. Nous sommes les premiers de l'année. On attend 11 h, on donne quelques coups de pompe de façon machinale, on met les photocopies de carte Michelin sur le transparent de la sacoche. Dans ce manque de hâte, il faut plus voir la confiance due à l'expérience que le manque de motivation, même s'il transparaît quelque peu. Nous partons à 11h.

La traversée de l'Alsace se fait sous un beau soleil avec un bon vent arrière, le plus souvent côte à côte car il n'y a que très peu de voitures. Les quelques villages traversés sont l'objet d'accélérations à l'approche des pancartes que nous nous répartissons équitablement, poursuivant même ces petits coups de flingue avec quelques cyclistes locaux.

Au passage à Neuf-Brisach, la cité octogonale, nous allons buter sur la forteresse de Vauban.

Einsisheim s'approche et avec elle les premières gouttes de pluie. C'est l'occasion de passer une heure de ce milieu d'après-midi dans un café-restaurant de la place de l'Eglise, 'Au Boeuf rouge', à déguster soupe de légumes et hors-d'oeuvre et à papoter. C'est aussi l'occasion de découvrir l'absence de tampon sur la case de Strasbourg. Mes efforts pour joindre téléphoniquement Mr Moratin ou Mr Mahé seront vains: le premier cité est sur la liste rouge et le second ne figure pas que l'annuaire de Dijon, et quant à moi je n'ai pas emporté la liste des numéros d'appels téléphoniques.

Le soleil revient et nous quittons Einsisheim avec quelques minutes d'avance sur l'horaire moyen calculé sur la base de vingt km/h.

A Wittelsheim, la roue avant du collègue fait un bruit suspect et on s'arrête. Une punaise d'un magnifique rouge est plantée dans le pneu. Le fait de l'enlever provoque une crevaison... J'en profite pour changer un câble de dérailleur.

L'itinéraire se fait plus bosselé et à l'enjeu des pancartes s'ajoute à présent celui des G.P.M. A Belfort, les deux vont de pair et Jean-Michel fait coup double haut la main. Il ne le sait pas encore mais c'est son dernier sprint victorieux de la 'diag.'. Il s'en doute d'autant moins que je lui fais part des crampes qui assaillent mes cuisses et avoir des crampes au bout de 150 bornes d'un parcours facile avec vent dans le dos n'est jamais bon signe quand on doit faire 280 km de moyenne montagne le lendemain.

Le ciel se fait à nouveau très noir et, à Bavilliers, nous nous réfugions dans un "cani" pour échapper à l'orage. La pluie tombe dru et le tonnerre se fait entendre tandis que nous bataillons avec difficulté au babyfoot contre des autochtones. Evidemment, mieux vaut perdre au Baby à l'extérieur, à l'intérieur d'un troquet, plutôt que cheminer à l'extérieur à l'intérieur de nos Goretex.

Il ne pleut presque plus, et il est temps de remonter en selle car une heure s'est écoulée depuis que nous nous sommes arrêtés, ainsi que deux bières dans le gosier de Jean-Michel et il nous reste une cinquantaine de km à parcourir, en passant au point haut de la journée, le col de Ferrière.

Du côté de Arcey, Jean-Michel commence à être moins frais et dans la côte de la Guinguette, il accuse une sévère baisse de régime. Je ne roule pourtant pas très vite mais arrive avec une bonne avance à l'Isle sur le Doubs. Là nous mangeons au restaurant.

Nous repartons à 22h10, escaladons lentement le col de Ferrière et couchons à Orve dans une pièce d'une maison battant aux vents, indiquée par un paysan.

2ème étape: Vendredi 17 mai 1985

Réveil à 6h. Le paysan de la veille au soir nous offre le café. De nombreuses bosses agrémentent le parcours et la carte Michelin au 1/200000 -ou du moins sa photocopie- est indispensable pour ne pas se perdre dans ce dédale de petites routes. A Vercel où nous faisons une pause d'une heure pour manger quelque chose de plus solide, un défilé presque ininterrompu d'engins militaires annonce la proximité du camp de Valdahon.

Le parcours est décidemment très accidenté et Jean-Michel marque le pas.

" - Tu parles d'une diagonale plate !"

me dit-il tout haut. De mon côté, la forme revient rapidement et pour rendre la traversée du Jura moins monotone, je m'impose quelques courts arrêts suivis d'autant de poursuites. Rien de plus agaçant sans doute pour le collègue, et avec un cyclo que je connaîtrais moins ou qui serait de nature plus calme, je ne me comporterais pas de la sorte... Mais c'est Jean-Michel et depuis quelque vieux Bayonne-Luchon d'anthologie et autre Versailles-Puy-de-Dôme de légende, la flingue, toute amicale, fait partie du jeu.

Du côté de Censeau, nous atteignons le point haut de la ballade, à 850m d'altitude. De beau qu'il était le matin, le temps devient plus lourd l'après-midi et la température atteint son sommet à Orgelet à15h.

Le vent est à présent défavorable et face à nous, une grande barre blanche et grise a remplacé le ciel bleu. Nous escaladons encore la côte de Anchay au sec mais devons bâcher avant d'entamer la descente sur Thoirette car de grosses gouttes commencent à tomber. Quelques éclairs se mettant à zébrer le ciel, nous sommes bien décidés à nous arrêter dès le premier abri venu.

Mais aux gouttes de pluie, c'est rapidement la grêle qui succède et, la taille et la vitesse des grêlons augmentant à vue d'oeil, ça devient carrément dangereux. Nous nous jetons contre une haie d'arbustes, et nous mettons le Tapimat sur la tête, tête elle-même rentrée dans les épaules pour nous protéger. Pendant cinq à six minutes la chute de grêle est intense puis se calme tout d'un coup et une pluie légère se remet à tomber.

Alors que nous remontons sur les vélos, un mini-torrent de boue sortant du fossé se déverse sur le chemin où nous étions réfugiés. Il était temps de partir...

La descente sur Thoirette s'effectue doucement car la route est recouverte d'une couche de grêlons de plus de dix centimètres. Les Poids lourds, insensibles à cet obstacle nous doublent et nous croisent à toute vitesse, en nous arrosant copieusement.

A Le Port, le retard atteint plus d'une heure mais le soleil réapparaît et, après Poncin, nous profitons de l'état roulant du parcours pour combler une partie de ce retard. Celui-ci reprend d'ailleurs très vite sa valeur précédente avec l'arrêt de Lagnieu.

A Bourgoin-Jallieu, c'est près d'une heure et demi que nous passons dans le Fast-food bien mal nommé en la circonstance. Au passage, c'est fou comme en deux ou trois ans, la France jusque dans ses petites villes, s'est peuplée de ce type de commerces, finalement moins économiques que le restaurant classique quand on a un appétit de cyclo, mais qui présentent l'avantage d'être toujours ouverts.

Après la côte de la Combe, épouvantail des deux-chevaux sur le trajet Lyon-Grenoble, éclairée pour l'occasion avec deux dynamos d'Extrême-Orient, nous voici à Champier en quête d'un gîte. Une fois de plus, celui-ci prend la forme d'un préau d'école où il n'y a qu'à déplier Tapimats et duvets.

3ème étape: Samedi 18 mai 1985

6h30. Pour moi, c'est un vrai petit matin de diagonale: les cuisses sont lourdes, le genou gauche est sournois, la selle est douloureuse, je baigne dans la sueur et la crasse de la veille et les yeux sont pleins de ce qu'il ne faudrait pas.

Mais après quelques kilomètres, on se réhabitue, les cuisses sont plus légères, le genou se calme, le fessier trouve sa position, l'oeil redevient vif et la sensation de moiteur disparaît.

J'escalade la côte de Saint-Siméon à bon rythme et attend Jean-Michel à Roybon. Nous y petit-déjeunons à l'hôtel restaurant. La météo annonce un léger vent de secteur sud-ouest et le patron nous promet la fin de la pluie pour bientôt. La jolie route du col de la Madeleine descend doucement en corniche jusqu'à Montagne puis plonge sur Parnans.

L'arrivée à Romans/s/Isère est effectuée en compagnie de quelques cycles locaux. Sur la route de Chabeuil le soleil et la chaleur s'installent à nouveau si bien que la fraîcheur de la fontaine et de l'épicerie de Montoison est la bienvenue.

Loriol, Montélimar, des noms au parfum de Flèche Vélocio. Et voici la Nationale 7, pas aussi fréquentée que ça finalement. A la sortie de Châteauneuf, la petite côte casse notre rythme et Jean-Michel laisse pour un temps le Derny prendre les devants. A Donzère, je refais le plein de Cétavlon dans une pharmacie et nous reprenons le cours de notre lutte contre le vent.

A Pierrelatte, la pluie menace. Bon prétexte pour bâcher. Mais celui qui nous précède et que nous poursuivons avec une hâte toute relative a désormais plus d'une heure d'avance. Il n'y a finalement rien de plus régulier qu'un horaire théorique, calculé sur une moyenne de vingt kilomètres à l'heure, que ça monte ou qu'il vente. Notre seule chance de le rattraper, s'il nous en prenait envie,est en fait de profiter de sa trouille dans les descentes et de son inaptitude à accélérer quand passe une roue ou souffle une brise arrière.

L'arrivée sur Pont-Saint-Esprit est superbe et nous offre des sujets de réflexion autres que purement sportif s. Encore une bonne bosse puis une descente nous amène à Bagnols/s/Cèze.

Il fait très chaud et les gens sont massés sous les tonnelles ombragées. Une jolie petite route offrant des vues sur des villages pittoresques nous amène à Uzès. Ensuite, bien que toujours très tranquille, le parcours est plus quelconque et nous roulons côte à côte, Jean-Michel ayant retrouvé un soupçon de coup de pédale.

A Sommières, bourg aux rues très étroites, la nuit tombe. Nous avalons rapidement les trente kilomètres nous séparant de Montpellier, avec en final un sprint amusant, Jean-Michel ayant démarré comme ça, nerveusement, vingt mètres avant une absence de pancarte.

Il est 22h30, nous tournons un peu dans Montpellier, en quête de quoi manger, puis nous hissons finalement au centre ville, très animé, et il fait si doux que, comme bien d'autres, nous nous installons à la terrasse d'un restaurant. C'est Jean-Michel dans un état second, qui le choisit, à charge de revanche pour la prochaine fois si les états déforme physique seront inversés.

A minuit et quart, nous décidons de reprendre notre chemin et tournons un peu en quête d'un gîte. Finalement, nous roulons jusqu'à Saint-Jean de Védas où des jeunes gens nous indiquent un abri pour passer la nuit, quelque chose d'intermédiaire entre l'accès à une maison et une étroite rue moyenâgeuse.

4ème étape : Dimanche 19 mai 1985

6h1/2. Moins de 160 bornes à faire aujourd'hui. Guère plus d'une demi-étape. On n'est pas pressé et à Mèze, on prend bien son temps pour manger.

Bientôt, nous rattrapons un cycle de Firminy en exil à Bessan. Comme nous faisons le point avec lui de nos connaissances communes parmi les cyclos de la Loire et des alentours, nous apprenons de sa bouche que le recordman de la montée du Grand-Bois est Rivière et non Jacquelin. Nous le quittons à l'entrée de Béziers.

Béziers. Ville de mauvaise réputation depuis que l'an passé devant la gare,un de nos collègues également féru de chasse aux cols s'y est fait volé son vélo, pompe et sacoches comprises.

A Coursan, un peu de Demy dans la roue d'un couraillon local, de quoi vite arriver à Narbonne, rendue célèbre par une tentative avortée d'abandon prématuré dans le Perpignan-Dunkerque d'il y a trois ans.

Jusqu'à Perpignan, c'est la classique nationale 9, parcourue tantôt à rythme soutenu et tantôt tranquillement. A la sortie de Salses, Monsieur Olive tamponne ma carte de route et nous arrivons à Perpignan à 15 heures.

Jean-Michel prend un train qui part pour Marseille avant 16 heures. De mon côté, je me renseigne au commissariat pour prendre une douche et finalement me dirige vers un camping au-delà de la gare. C'est réellement ce dont j'ai le plus envie...

Une fois propre, je me rends au château des rois de Majorque pour le visiter. Le long cortège des perpignanais qui se rendaient à Narbonne assister à la finale de la coupe de France de jeu à XIII est à présent de retour: les drapeaux sang et or sont brandis, les klaxons retentissent, il est temps de monter dans le train et de tirer le rideau.

        Marc Liaudon, mai 1985



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