6ème Diagonale: Hendaye - Strasbourg du 8 mai au 12 mai 1991

(dernière mise à jour dimanche 12 novembre 2006)

Diagonale FFCT: carnet de route n° 91044, homologation n° 91022

1. Carte

2. Récit 3. Photos   Mes Diagonales   Diagonale Précédente   Diagonale Suivante

  Carte



  Récit de Jean-Paul Chevret en mai 1991

Trois participants: Jean-Paul Chevret, Jean-Michel Clausse et Marc Liaudon.

Mercredi 8 mai 1991: 1ère étape
Hendaye (Pyrénées Atlantiques) – Cazaubon (Gers)  181,9 km

Il est midi à Hendaye, le temps est nuageux, frais pour la saison; on espère de jour en jour une amélioration des conditions climatiques mais elle tarde à venir. En attendant, le vent est toujours de secteur nord, ce qui n'est guère encourageant pour ma première diagonale. Mais le moral est bon, l'entraînement correct (un brevet de 300 le 21 avril, environ 2000 km depuis début janvier). Je fais entière confiance à l'agence "Liaudon et Cie" pour l'organisation de cette promenade de santé.

Le voyage en train de nuit s'est bien passé. Parti de Lyon Perrache la veille au soir à 23h55 en compagnie de Marc Liaudon (le célèbre centcoliste), arrivé en gare d'Hendaye à 11h40, je fais la connaissance de Jean - Michel Clausse, copain de Marc arrivant de Cannes pour nous accompagner (en vélo), mais sans tamponner. Les vélos expédiés depuis samedi après midi nous attendent. Le temps d'enlever le carton protecteur, d'accrocher les sacoches, et nous voilà partis à la recherche du commissariat de police local pour le signal de départ.

A 13 heures précises nos carnets de route sont tamponnés, la France est à nous. Mais dès la montée de l'escalier qui accède à la route, Marc s'aperçoit que son pneu arrière est crevé et même déjanté, soi disant trop gonflé avec ma super pompe "Zefal deux positions".

Il est 13h15 : cette fois c'est le vrai départ. Sous les nuages, la côte du Pays Basque défile rapidement avec ses pâturages très verts, ses troupeaux de moutons, ses maisons blanches typiques, ses routes ondulantes. Nous traversons Saint Jean de Luz, Bayonne pour arriver sur les bords de l'Adour. Sur cette route plus tranquille nous nous accordons cinq minutes d'arrêt : j'en profite pour huiler un peu ma chaîne trop bien nettoyée qui couine légèrement. Ce sera la seule intervention sur ma bicyclette jusqu'à Strasbourg.

Nous traversons l'Adour à Peyrehorade pour emprunter la N117 sur quelques kilomètres. Une bonne averse nous attend après Labatut : les "goretex" entrent en jeu. Une halte à Pommarez, la Mecque de la course landaise, est la bienvenue pour un contrôle bistrot. La pluie vient de cesser, nous repartirons secs. Jusque là Marc et Jean-Michel font les pancartes, je me laisse bien aussi tenter quelquefois mais je pense à économiser mes mollets : la route est encore longue.

Nous roulons assez vite (24,5 km/h de moyenne pour l'étape) mais les arrêts à rallonge nous mettent malgré tout en retard sur l'horaire prévu. A 21 heures nous nous arrêtons à Villeneuve de Marsan pour manger au restaurant. La patronne nous raconte sa vie, ses maris successifs… mais nous, on est pressé, on n'est pas de là. En plus le steak est dur comme une selle de vélo. Il est 22 heures : "goretex", chasuble, éclairage et c'est reparti pour une petite heure jusqu'à Cazaubon.

A 22h 50 nous sommes très bien accueillis à l'hôtel du Centre, les vélos ont même droit à la salle à manger où ils passeront la nuit sous la protection d'une multitude de pendules qui ornent les murs. Les chambres sont confortables, la douche appréciée et le petit déjeuner est déjà prêt pour le lendemain.

Jeudi 9 mai 1991 (Ascension): 2ème étape
Cazaubon (Gers )- Tulle (Corrèze ) 270,4 km

6h15, il pleut, goretex, dynamo et c'est parti. A Lavardan (Lot et Garonne) nous nous proposons un arrêt épicerie avec casse-croûte sur le trottoir, pour repartir dans les roues de quatre cyclos du club de Nérac. A Tonneins où nous traversons la Garonne, une nouvelle halte bistrot nous permet de nous réchauffer un peu. Ensuite c'est le contrôle de Castillonnès qui arrive à point pour l'arrêt omelette de midi. Marc, à force de flinguer à chaque pancarte, a encore des problèmes de roue arrière; il passe un bon moment à rayonner à sa façon bien à lui (petites flasques et grands pignons obligent) si bien que les rayons rayonnent bien mais avec de très fortes ondulations.

La traversée du Périgord est tranquille, la terre est maintenant plus noire avec beaucoup de cailloux, les oies pataugent dans leurs enclos. A Lanquais nous amorçons la vallée de la Dordogne puis de son affluent la Vézère. Les raidillons successifs surprennent Marc qui avait prévu du plat dans cette partie.

Aux Eyzies, haut lieu de la préhistoire, je dois faire tamponner ma carte BCN, il me faut entrer dans quatre boutiques à touristes pour enfin trouver un tampon (et deux cartes postales). En sortant, je ne vois plus mes compères, je repars donc aussitôt sans savoir s'ils sont devant ou derrière. Un violent orage avec tonnerre menaçant et pluie abondante m'attend dans la première bosse; je rejoins rapidement Jean-Michel qui vient de trouver un Abribus mais à cet instant la pluie a cessé. Plus loin, au bas d'une longue descente, Marc nous attend par obligation: ses rayons ont encore lâché. Nous passons une bonne heure, qui à réparer, qui à manger, abrités dans un hangar en face de l'épicerie de Tursac.

Contrôle rapide à Montignac, coup de téléphone à Terrasson, il est 20 heures et il nous reste 46 km à rouler. Je prends la tête pour mener un bon train, mais Jean-Michel ne suit pas. Marc et moi, nous traversons tranquillement Brive, une jolie ville avec des espaces verts très bien entretenus. Jean-Michel n'a pas rejoint, il arrivera quelques minutes après nous à Tulle. A 22h15 nous sommes devant l'hôtel du Pont Dunand, nous tapons le code secret, personne ne nous voit, nous montons nos vélos dans nos chambres où un repas froid nous attend. Un bain réparateur… il est minuit… extinction des feux.

Vendredi 10 mai 1991: 3ème étape
Tulle (Corrèze)– Paray-le-Monial (Saône et Loire ) 270,4 km

Le départ était prévu à 5 heures mais le temps pour moi de trouver un tampon à la boucherie chevaline, et pour Jean-Michel de mettre au point son éclairage, il est 5h45 quand nous abordons la longue côte pour sortir de Tulle. Nous entrons tout de suite dans le vif du sujet car c'est aujourd'hui l'étape de montagne.

Marc traîne un peu, il n'est pas complètement réveillé malgré la fraîcheur matinale très vive. Il nous rejoint tranquillement à Egletons où Jean- Mi et moi sommes déjà attablés depuis un quart d'heure devant notre petit déjeuner. L'arrêt sera long, car avant de repartir Marc ne peut se passer d'une séance de rayonnage. Nous continuons alors notre route par la N89 jusqu'à Ussel pour l'arrêt ravitaillement, téléphone et strip-tease puisque le soleil a enfin décidé de se montrer.

Vers 13 heures nous arrivons à Herment, charmante localité du Puy de Dôme. Malgré notre retard, nous nous laissons tenter par le menu du restaurant qui se révélera très copieux et délicieux pour 50 FF seulement. Notre retard s'accumule; à Pontaumur, je décide de partir devant à mon rythme, j'aimerais bien ne pas rouler de nuit trop longtemps. Le paysage est superbe; dans la montée sur les Ancizes, Marc me rejoint, nous terminons l'ascension ensemble.

Un peu plus loin je continue à nouveau seul, cette fois jusqu'à la fin de l'étape (encore 120 km). La forme étant là, j'apprécie pleinement la découverte des nouveaux paysages qui défilent, la traversée des villages comme Combronde. Bien sûr avec le vent c'est parfois difficile, les étapes sont longues, mais franchement je ne donnerais ma place à personne. Une déviation avant Vichy me fait hésiter un instant, mais par crainte d'une rallonge, je décide d'emprunter la route en travaux. Cent mètres de marche à pied suffiront en fait pour ne pas me dérouter.

Je traverse Vichy sans trop de difficulté d'orientation, pour continuer par Lapalisse. Le paysage de l'Allier me donne déjà un avant goût de la Saône et Loire avec ses troupeaux de vaches blanches. Les côtes se succèdent sans dommage pour mes mollets. C'est à la tombée de la nuit que je traverse la Loire, une pluie fine commence à tomber. Il est 22h30 quand j'arrive à l'hôtel Terminus de Paray le Monial.

Les propriétaires nous attendent, je peux donc réserver un garage pour les vélos, payer la chambre, manger un peu mais la douche sera pour demain (pas d'eau chaude). Marc et Jean-Michel arrivent à 23 h 30 pour se partager le grand lit, vu que je me suis déjà approprié le petit (privilège de l'âge, du grade et du premier arrivé).

Samedi 11 mai 1991: 4ème étape
Paray le Monial (Saône et Loire) – Belfort (Territoire de Belfort) 297,5 km

A 5h45, nous sommes prêts pour la plus longue étape. Nous traversons Paray le Monial pour rejoindre le Canal du Centre qui nous guidera jusqu'à Chagny sur environ 80 km. Les pêcheurs sont déjà nombreux à cette heure, les rares plaisanciers se réveillent. Mes premières pédalées me reviennent en mémoire puisque à mes débuts j'habitais Givry, tout près d'ici.

Après Chagny nous pédalons à découvert, direction plein est, le vent de côté nous gêne beaucoup. C'est à ce moment que surgit par l'arrière un avion cyclo casqué, pédalier ovale et tout; nous allons sucer sa roue sur au moins 20 km à 37-38 km à l'heure. Jean-Michel lâche prise et arrivera un quart d'heure après nous à Seurre en Côte d'Or. Contrôle, ravitaillement, séance de rayonnage pour Marc, délestage pour Jean-Michel et c'est reparti.

Mais la route est longue; Jean-Michel notre cyclo de rencontre, moins entraîné que nous et peut-être aussi moins motivé puisqu'il ne tamponne pas, va nous laisser filer à Auxonne. Il ne pense à ce moment là qu'à rejoindre au plus vite Madonna au festival de Cannes par le prochain train.

Marc et moi continuons donc notre périple par la Haute Saône, toujours avec ce vent de trois quarts avant. Je fais tamponner ma carte B.C.N. à Pesnes. Un tracteur et sa remorque nous abritent du vent un moment, mais il faut lutter à nouveau jusqu'à Rioz, le pays de la cancoillotte.

Pendant que je fais tamponner mon carnet de route chez le pharmacien du lieu, Marc tente sa chance auprès de l'épicière, une dame très âgée pleine de bonne volonté mais qui n'a pas d'encre pour son tampon. Avec de l'eau ça ne marche pas, elle veut essayer avec du lait. Marc, par crainte des dégâts, reprend son carnet et me rejoint à la pharmacie. C'est ici à Rioz que Marc va commencer sa nuit; le sommeil lui manque, il dort sur le vélo et n'avance plus, et il reste encore 80 km pour arriver à Belfort.

Il ne peut profiter comme moi du magnifique paysage de Franche-Comté. Rien ne le réveille, ni l'eau froide du lavoir de Rougemont dans le Doubs, ni la fraîcheur de la nuit qui tombe. Ce soir il est 22h50 quand nous rejoignons l'hôtel "Le Vauban" à Belfort: code d'entrée, montée discrète de nos vélos dans nos chambres, une bonne douche et un bon sommeil réparateur.

Dimanche 12 mai 1991: 5ème étape
Belfort – Strasbourg (Bas Rhin) 158,2 km

Réveillé à 4h15 je fonce vers la chambre de Marc. Comme il dort avec des boules "Quies", je suis obligé de le secouer; j'ai vraiment l'impression d'être un bourreau d'enfant, mais tant pis, il faut y aller. A 5h nous sommes prêts pour affronter les 155 derniers km du programme.

Le temps semble beau mais une pluie drue et continue va nous surprendre avant même le lever du jour; heureusement le vent est tombé. La nuit a été trop courte pour Marc et il dort toujours, avec en plus un mal de crâne pas possible. Neuf-Brisach sera son point de réveil: ouf ! Il était temps !

Les 70 derniers km sont alors parcourus à bonne allure avec quelques brefs arrêts. Il est 14h quand nous arrivons à l'hôtel de police de Strasbourg. Là nous avons l'honneur de recevoir la signature de la schtroumpfette, la seule femme flic de Strasbourg. Encore une bonne douche céleste pour rejoindre la gare et c'en est fini de ma première diagonale, la sixième pour Marc qui rêve déjà d'un triangle Hendaye, Dunkerque, Menton, Hendaye pour terminer sa série.

         Jean-Paul Chevret

  Photos

A venir

Accueil | Plan du site | Haut de page