Diagonale: Hendaye - Dunkerque du 29 avril au 3 mai 1992

(dernière mise à jour dimanche 12 novembre 2006)

Diagonale FFCT: carnet de route n° 92030, pas d'homologation

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  Récit (écrit en mai 1992)

La deuxième Diagonale du Triangle:
Hendaye - Dunkerque du 29 avril au 3 mai 1992

Deux participants: Claude Bénistrand et Marc Liaudon.

1èreétape: Mercredi 29 avril 1992
Hendaye (Pyrénées Atlantiques) - Dax (Landes) , 96 km: Début accroché.

Au commissariat, nous retrouvons Claude Bénistrand, arrivé ce matin de Clermont-Ferrand par le train et qui a mis à profit la journée pour escalader deux petits cols en Espagne. Il se remet d'une indisposition gastro-rénale et poursuivra un traitement médical plusieurs jours durant.

Le temps pour moi de changer plaque de cadre et carnet de route et nous voilà partis en direction de la première épicerie. Entre-temps, indifférent à l'idée de me gâcher le plaisir de ces quelques instants de répit, l'un des fonctionnaires de service nous promet le vent de Nord-ouest jusqu'à Dunkerque.

Il est près de 17h30 quand nous quittons Hendaye et dès les premières bosses, je joue les serre-file. Heureusement qu'il y a les agglomérations, nombreuses à partir de Saint-Jean-de-Luz pour me permettre de "faire le milieu" entre Jean-Luc qui grille systématiquement tous les feux et Claude, au contraire très respectueux du moindre feu orange.

Nous refaisons pour le moment exactement le parcours suivi l'an passé avec Jean-Paul Chevret et Jean-Michel Clausse entre Hendaye et Peyrehorade alors que nous étions en route pour Strasbourg. C'est une petite route qui longe l'Adour et cela ne m'empêche pas de me tromper après Urt et d'emmener notre groupe sur la route de Guiche. Comme l'an passé à cet endroit, le vent est favorable.

Peu avant Hastingues, il est 20h quand Jean-Luc éclate son pneu arrière. Tandis que les collègues réparent, je continue tranquillement jusqu'à Peyrehorade où les collègues me rejoignent. Un petit coup de fil à Dax pour prévenir l'hôtel de notre retard, et nous escaladons les petites bosses dans le jour finissant. Pendant que Claude et Jean-Luc se restaurent au snack, je débarque à l'hôtel puis les y accueille.

2èmeétape: Jeudi 30 avril 1992
Dax (Landes) - Ruffec (Charente), 321 km: Vent dans le dos.

Départ à 4h15. Ça fait tôt! Jean-Luc n'a pas de lampe et se cale dans nos roues. Sur ces petites routes rugueuses et plates, je ne tarde pas à avoir sommeil. Il m'arrive d'être décroché et si j'étais seul je dormirais un moment à Sabres.

Le jour a point et l'arrêt de Pissos va m'être salutaire. Est-ce l'ingurgitation de tous ces petits pains landais? Toujours est-il que j'ai dorénavant récupéré de l'étape Narbonne-Pau et que la journée va me paraître facile.

Entre Belhade et Hostens, nous rencontrons Jean-Pierre Decouty, du service d'accompagnement routier des Diagonales. Entre deux demi-journées de travail, il nous accompagne sur une trentaine de kilomètres, jusqu'à Portets. Sa passion pour les Diagonales et son entrain nous donnent du plaisir à le côtoyer.

De plus, on peut rouler deux par deux et mener de front deux discussions! Dans les petites bosses qui séparent les vallées de la Garonne et de la Dordogne, Claude est de temps à autre décroché, mais revient régulièrement sur le plat et nous arrivons ensemble à Libourne pour nous restaurer dans un bon snack.

A cinq kilomètres de Montguyon, nous obliquons à droite et empruntons une petite route de fond de vallée qui, jusqu'en Charente, est encore bien passante. A Chillac où le revêtement rugueux et les pentes de la route font souffrir Claude, nous croisons le parcours du Brest-Perpignan d'il y a neuf ans.

A Châteauneuf-sur-Charente, le pharmacien appose sur nos carnets de route un tampon de 3 couleurs. Les collègues partent devant tandis que j'essaie de me procurer des aliments peu encombrants chez un de ses confrères mieux achalandé.

A Rouillac, dont ne nous verrons ni l'église ni le théâtre gallo-romain, Claude pointe son BPF (Brevet des Provinces françaises) dans la grande surface locale, atteinte au prix de quelques rallonges. Grâce au vent dans le dos, la route jusqu'à Ruffec est une partie de plaisir mais nous n'atteignons l'hôtel que sur le coup de 21h.

L'hôtel de France, dont il semble que nous soyons les seuls clients, est tenu par un couple arabe. La dame nous fait manger exactement ce dont nous avons envie: soupe, escalope et pâtes et le lendemain son mari se lève à 4h du matin pour nous faire le café et nous ouvrir le garage à vélo, merci à eux.

3èmeétape: Vendredi 1er mai 1992
Ruffec (Charente) -La Loupe (Eure-et-Loir) 335 km: Plus long que prévu.

4h10. Jean-Luc dort encore puisque, comme prévu, il repart ce matin en train pour Pau. Claude et moi enfilons la tenue de pluie. Heureusement le vent souffle dans le dos.

Nous traversons ainsi Civray puis Gencay en prenant de l'avance sur l'horaire. Nous roulons côte à côte et la matière à discussion ne manque pas que ce soit avec la FFCT, le club des Cent Cols ou le vélo en général.

Les cafés de Saint-Julien l'Ars étant encore fermés, nous poussons jusqu'à Bonneuil-Matours où le pâtissier est en pleine bourre. Nous occupons le salon de thé et c'est au moment d'en repartir que le couple Guilloteau dont la modernité des habits cyclistes contraste avec le classicisme des vélos de randonnée vient à notre rencontre.

Il faut parfois calmer Mme Guilloteau qui semble avoir du mal à rouler à moins de 30 km/h, et nous voici au café à Châtellerault pour un arrêt imprévu qui va enfin nous permettre aujourd'hui de prendre un peu de retard sur l'horaire. Le couple nous accompagne jusque vers Vaux et rend le temps gris plus supportable en nous annonçant le beau temps et le vent du sud à partir de Dimanche.

Nous franchissons la Vienne à Pouzay, l'Indre à Azay le Rideau et enfin la Loire à Langeais où nous cherchons un petit restaurant pas trop rempli de touristes, conséquence inévitable de la conjonction d'un château et d'un jour férié. Le café-restaurant de l'Eglise n'est pour autant pas bien reposant car les habitués du bistrot sont déchaînés sur les apéritifs. Tout cela n'est pas bien propice à la détente et je me surprends à manger avec les boules Quiès.

Après Cinq-Mars, la route devient très calme. A Neuvv-le-Rov, j'enlève le goretex pour la première fois de la journée. A Chemillé sur Dême, Claude s'arrête au café, tandis que sur un banc, je fais une micro-sieste de dix minutes qui me permettra d'arriver en pleine forme à l'étape distante de plus de cent kilomètres.

Après le contrôle de Savigny-sur-Brave et le BPF de Mondoubleau, à Saint-Agil nous oublions de prendre la route de Chapelle Guillaume et nous retrouvons à Le Gault-Perche. Nous retrouvons le parcours à Authon du Perche et parcourons ces magnifiques collines du Perche, bonheur de Paris-Brest-Paris.

La fin de journée est belle et nous trouvons la nuit à Thiron-Gardais. De nuit, la montée sur Montlandon est presque aussi belle que celle d'un col alpin, la route monte en larges virages et la campagne semble baigner dans la quiétude. Il nous faut toutefois un bon moment pour trouver la route de La Loupe car à cet endroit, il est difficile de faire coller la configuration du terrain et le tracé sur le pli des photocopies de carte Michelin.

Nous arrivons à La Loupe avec près de 2h30 de retard et pourtant seulement dix kilomètres de plus que prévu. Les patrons de l'hôtel du Boeuf Couronné nous ont laissé une chambre dans l'annexe. Par un escalier au colimaçon serré, nous y montons les vélos et ingurgitons les repas froids, négligeant la douche pour ne pas empiéter plus sur un temps de sommeil déjà bien entamé.

4èmeétape: Samedi 2 mai 1992
La Loupe  (Eure-et-Loir) - Hesdin (Pas de Calais) 284 km: Premier nouveau col.

4h15. Nous sortons de La Loupe après avoir posté la carte postale réglementaire. Une petite erreur de parcours à la sortie de Dampierre-sur-Blévy nous oblige à passer par Maillebois. Dans Nonancourt encore endormie et après la visite de rigueur à la boulangerie de service, nous attendons en vain l'ouverture d'un café.

Finalement nous attaquons la côte de la Madeleine et la route de Illiers l'Evêque, non sans réaliser deux nouvelles erreurs de parcours jusqu'à Saint-André de l'Eure. Depuis Nonancourt, je pense à ce café pour faire une micro sieste devant un bol de café crème et repartir tambour battant, les jambes étant bonnes, comme le prouvent les bosses.

A Saint-André de l'Eure, à peine commandées les boissons et entamé l'assoupissement, voici qu'entre dans l'estaminet Alan Sturk, tricycliste gallois qui effectue l'une des Centrionales de Patrick Plaine. Ballotté entre l'envie de discuter avec ce randonneur original et le besoin de profiter au maximum du repos, je le prends en photo posant devant son étonnante machine.

A Pacy-sur-Eure, je fais quelques courses pendant que Claude, pas très en forme, part devant. Nous nous donnons rendez-vous au plus loin à Etrépagny, mais je pense rattraper Claude avant. A Vernon, je me fourvoie un peu, oubliant de passer la Seine avant de tourner à gauche. Revenant sur mes pas, j'apprécie ce faisant le vent dans le dos et du coup la traversée du Vexin se fait avec un bon vent dans le nez. La lassitude m'envahit et j'arrive à Etrépagnv 35 minutes après Claude qui a eu le temps de se retaper.

Je me cale le plus souvent dans sa roue pour atteindre Gournay puis Aumale après un nouveau fourvoiement, pas de notre fait celui-ci puisque 6 kilomètres après Gournay, la pancarte indique Aumale par la D8 à seulement 24 km, ce qui nous vaut de visiter Doudeauville puis Grumesnil et Formerie.

Aumale. Le compteur affiche 188 km et il est déjà 16h20. Après avoir rallongé de près de 15 kilomètres, nous avons donc 3h30 de retard. La ville est très animée par une espèce de fête foraine et pour se reposer dans le café, ce n'est pas l'idéal. Pendant que le juke-box distille une lourde musique hard rock, Claude s'occupe des courses. La pause de midi s'achève donc vers 17h30 et il nous reste 180 km jusqu'à Dunkerque avec le vent toujours défavorable. J'essaie en vain d'appeler l'hôtel où nous avions prévu d'arriver à 23h pour leur dire que ce sera plutôt 3 heures du matin s'ils veulent toujours de nous.

A présent, la frite est revenue et nous traversons la Somme à Hangest. Nous longeons la Nièvre jusqu'à Saint-Léger-les-Domart où nous obliquons plein nord par une petite route sympathique. Après une petite restauration, nous quittons Auxi-le-Château peu avant 22h et franchissons le col des Six Chemins, matérialisé par une toute récente pancarte et actuellement unique col du Pas de Calais.

La nuit est tombée et sur ces petites routes truffées de carrefours, chaque bifurcation est désormais l'occasion d'allumer la lampe de poche.

Hesdin. Il est 23h passées et il reste 90 kilomètres pour atteindre Dunkerque à 9 h du matin. Nous nous mettons en quête d'un hôtel, ne serait-ce que pour y dormir cinq heures. Malheureusement, tout est plein et nous devons nous contenter de nous allonger sous une devanture de magasin, trop éclairée mais abritée du vent.

0h30. Je suis transi de froid quand une voiture s'approche. C'est le réceptionniste de l'hôtel qui rentre chez lui et nous invite à y passer la nuit. Il me semble un peu éméché mais nous ne faisons pas la fine bouche. Encore un kilomètre de vélo et je m'effondre dans le canapé. La télévision est allumée et Claude remonte le réveil pour 3 heures du matin tandis que notre hôte lui parle de la pluie et du beau temps et que sa femme nous prépare une soupe.

5èmeétape: Dimanche 3 mai 1992
Hesdin (Pas de Calais)- Dunkerque (Nord) 93 km: La gaffe.

J'ouvre un oeil tandis que Claude me tapote l'épaule dans la lumière du petit jour. Et puisque lumière du petit jour il y a, c'est donc qu'il est bien plus de 3h et c'est donc la gaffe!

II est six heures du matin et ni l'un ni l'autre n'avons entendu le bip-bip du réveil. A-t-il seulement sonné? En tout cas, après ce repos imprévu, je me sens pleinement revigoré et n'affiche pas la moue de déception de Claude.

Réveillé par le bruit, notre hôte s'approche:

" - Vous y serez bien à l'heure, ça ne fait que du trente de moyenne !"

Le laissant à ses illusions, nous nous élançons ... pour vingt mètres car Claude a percé, c'est donc bien fichu.

La route nationale est vallonnée, mais à cette heure il n'y a personne et c'est bien agréable de parcourir une route aussi roulante. A Fauquembergues, il est 7h30 et nous faisons une bonne pause petit-déjeuner.

D'un coup de fil, nous prévenons André Dworniczak, afin qu'il ne se déplace pas inutilement au commissariat à 9h. Il nous propose tout de même de venir à notre rencontre du côté de Watten, et nous acceptons avec plaisir.

Le vent continue à souffler de face. Après Saint-Omer, nous longeons l'Aa et abandonnons la route normale de Dunkerque pour passer par Watten encore plus tranquille.

Nous longeons le canal de la Haute-Colme sur la D3, bien plus mal revêtue qu'il y a dix ans lors de l'arrivée d'un Perpignan-Dunkerque avec Hervé Burtschell et Jean-Michel Clausse, où Marc Hehn, je crois, était venu nous accueillir.

Claude souffre sur cette route rugueuse et de plus, aucun des cyclistes que nous croisons ne s'intéresse à notre plaque de cadre. Où est passé André?

Un kilomètre après le Grand Millebrugge, à un carrefour, j'attends Claude parti chercher une boîte aux lettres. Entre-temps, André arrive de Watten. Nous nous sommes loupés là-bas, à vingt kilomètres, à un endroit où nous n'aurions pas dû.

André, qui a le genou bandé et ne devrait normalement pas pédaler, nous propose d'aller nous restaurer chez lui, à Malo-les-Bains et même d'y passer la nuit. Pour moi, il n'en est pas question, et je compte bien que l'on s'arrête le minimum de temps à Dunkerque, Triangle oblige.

Certes, il est déjà midi et nous ne serons pas à Villers-Cotterets, première étape prévue du dernier côté du Triangle, à une heure raisonnable ce soir, mais comme j'ai bien dormi à Hesdin, que la météo annonce le beau temps, que le vent souffle du Nord-ouest et que nous avons une étape assez ajustable à Craponne, nous pouvons enchaîner sans problème.

J'en suis à ce stade de mes réflexions quand Claude suggère:

" - Ce serait plus sage de ne repartir que demain."

Moi, un peu embêté, et me remémorant les moments passés à m'accrocher, à la sortie de Dax et entre Etrépagny et Aumale:
" - Pourquoi s'être défoncé à certains moments pour se reposer aujourd'hui? "

Claude: " - Si l'on repart aujourd'hui, on aura peu de chance d'arriver à Menton dans les délais."

Moi: " - C'est vrai qu'en ne repartant que demain, ça sera sûrement très facile, mais ce n'est plus le Triangle comme je l'ai envisagé."

Claude: " - J'ai déjà abandonné Dunkerque-Menton à Romans, été disqualifié de Strasbourg-Hendaye pour être parti vingt minutes en avance et enfin aujourd'hui on arrive hors délais à Dunkerque, alors tu vois j'aimerais autant mettre toutes les chances de notre côté pour ce Dunkerque-Menton ! "

Moi:
" - Allons manger dans le café-restaurant indiqué par André et nous déciderons ensuite. "

J'ai dit ça mais intérieurement, je me range à l'avis de Claude : nous avons trop bien coopéré, Claude et moi dans la Diagonale qui s'achève, même si nous sommes arrivés hors délais, pour risquer la désunion dans celle qui va débuter.

Au même moment, mes jambes opinent des tendons d'Achille, si bien qu'après le repas, nous allons au Sélect Hôtel de Dunkerque retenir la chambre et nous reposer.

Apprenant la nouvelle, Catherine la femme de Claude est aussi enthousiaste que nous: nous arriverons à la maison un jour plus tard que prévu et nous avons une Diagonale à refaire, bravo les champions!

        Marc Liaudon, mai 1992

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