8ème Diagonale: Dunkerque - Menton du 4 au 8 mai 1992

(dernière mise à jour dimanche 12 novembre 2006)

Diagonale FFCT: carnet de route n° 92031, homologation n° 92009

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  Récit (écrit en mai 1992)

La troisième Diagonale du Triangle:
Dunkerque-Menton du 4 au 8 mai 1992

Deux participants: Claude Bénistrand et Marc Liaudon.

1èreétape: Lundi 4 mai 1992
Dunkerque (Nord)  - Villers-Cotterêts (Aisne) 242 km: Etape de repos !

9h. Nous quittons le commissariat de Dunkerque avec exactement vingt-quatre heures de retard. Nous avons bien sûr pris soin de prévenir hier et André Dworniczak et Jean Tordo de Nice et espérons qu'aucune personne du service d'accompagnement routier n'a prévu de faire un bout de route avec nous, elle se déplacerait pour rien.

Nous faisons un petit crochet dans le centre de Bergues pour pointer le BPF de Claude et pour acheter de la pommade à la pharmacie afin d'enduire nos tendons d'Achille douloureux, rançon du mauvais temps rencontré dans la Diagonale précédente où, c'est à signaler, aucun de nous deux n'a, à un moment donné, roulé en cuissard court!

Jusqu'à Wormhout, nous nous calons dans la roue d'un belge qui file un 27km/h idéal. Sur la droite apparaît le Mont Cassel que j'escaladai naguère avec Philippe Roche dans le Tour de France, mais aujourd'hui c'est le Mont des Cats qui nous intéresse.

L'ascension, courte et guère pentue, débute peu après Godewaersvelde. Il y a, sur les pentes, de magnifiques arbres et une abbaye où l'on fabrique du fromage. Nous nous désaltérons à l'auberge de la cime et plongeons sur Berthen, photographiant au passage la pancarte "col de Berthen en Flandres 109m".

A la sortie d'Estaires, la route, en travaux, est un peu défoncée et nous cassons la croûte à Rouge-Croix.

Nous traversons Lens sans intérêt puis Arras un peu plus coquette, Bapaume où nous nous fourvoyons, Péronne et son château, et ne retrouvons les petites routes qu'à Villers-Carbonnel.

L'arrivée à Noyon marque le retour dans une région plus boisée et plus accidentée, en particulier au franchissement des rivières Oise et Aisne. Sur cette route, Michelin a tout de même été généreux dans l'octroi des chevrons.

Nous arrivons enfin vers 21h30 à Villers-Cotterêts dans un hôtel sympathique au bout de l'ancienne route de Paris, où des plateaux froids copieux et peu onéreux nous attendent. Nous avons quitté ce matin le pays des Quatre jours de Dunkerque qui commencent demain pour arriver ce soir au pays du Tour de l'Aisne amateur qui vient de se disputer et tout près du Tour de l'Oise professionnel qui se courra bientôt.

2èmeétape: Mardi 5 mai 1992
Villers-Cotterêts (Aisne) - Château-Chinon (Nièvre) 306 km: Plein Sud !

Départ à 4h15: Aussi matinal, ca fait bien trois jours que ça ne nous était pas arrivés! Mais cette fois c'est après une vraie nuit de sommeil, pas comme à La Loupe.

Heureusement d'ailleurs car le parcours à travers l'Orxois est vallonné et les descentes sont humides et fraîches. Une rapide plongée sur Nanteuil sur Marne est bientôt suivie d'une non moins raide remontée sur le hameau de Montapeine.

On franchit le Petit Morin, célèbre pour ses crues, et nous voici à La Ferté Gaucher, attablés plus longtemps que prévu pour un solide petit-déjeuner. Il paraît qu'ici, jusqu'à hier, il y avait tous les matins de la gelée blanche.

Le parcours est alors sans grand intérêt, rendu facile par le vent dans le dos, la seule chose un peu extraordinaire étant la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine. Heureusement les petites routes sont peu passantes et nous pouvons rouler de front.

Nous faisons la pause de midi à Arces dans un sympathique restaurant routier. Puis c'est à nouveau la litanie des villages et des petites villes: Brienon, Pontigny, Chablis célèbre pour son vin, Nitry où Claude me propose de filer devant mais je préfère rester avec lui, qui semble accuser la fatigue. L'approche d'Avallon plus bosselée, met mon moral au beau fixe.

Je prends un peu d'avance en allant sur Lormes car il est vraiment bon de se défouler les jambes dans ces bosses du Morvan. En cette fin de journée, le Morvan est magnifique et nous arrivons à Château-Chinon à la nuit tombante. L'hôtel du Haut-Folin est haut de gamme, mais baste, c'est le dernier de la ballade!

3èmeétape: Mercredi 6 mai 1992
Château-Chinon (Nièvre) - Craponne (Rhône) 199 km: Coucou !

Au lieu de raconter la première étape des Quatre jours de Dunkerque, les journaux ne parlent que de l'effondrement des tribunes qui a eu lieu hier soir à Bastia.

Nous partons à 8h45 et traversons le Parc Régional du Morvan sur des routes au revêtement rosâtre, dans des paysages vallonnés et riants. Le vent du nord est toujours vif et la descente sur Luzy n'en est que plus rapide.

Nous franchissons le canal du centre à Génelard et mangeons à Charolles très animée. Cette région, patrie de Bernard Thévenet et Josiane Bost, est toujours une terre d'élection du cyclisme à en juger par les deux pages du journal pleines de rendez-vous de courses cyclistes.

La Clayette présente un joli château et un joli lac, mais c'est surtout l'occasion de pénétrer dans la carte Michelin 73 et bientôt dans le département du Rhône. Les Echarmeaux sont agrémentés depuis quelques temps d'un panneau de col et la descente de la vallée de l'Azergues pourrait presque se faire sans pédaler. Nous roulons jusqu'à Lozanne en compagnie d'un jeune gendarme à l'entraînement.

La montée de La Tour de Salvagny me parait étonnamment courte. Nous longeons le parc de La Croix Laval, l'école vétérinaire et les établissements Mérieux et nous voici bientôt à mon domicile à Craponne.

Il est 19 heures et je goûte la détente d'être à la maison. Nous nous lavons et récupérons des vêtements propres. Il faut faire également un peu de mécanique, en particulier remplacer les deux rayons cassés hier à l'arrière.

Après la préparation de la tambouille de nyctalo (mélange à base de riz et de poulet versé dans des briques de lait), il faudrait rester concentrer sur notre Diagonale et nous reposer le plus possible mais comme j'ai l'impression d'être arrivé, j'entreprends deux ou trois bricoles qui attendraient aussi bien mon retour. Piège du domicile!

Plus raisonnable, Claude file au lit dès 23h.

4èmeétape: Jeudi 7 et Vendredi 8 mai 1992
Craponne (Rhône) - Menton (Alpes-Maritimes) 471 km: Finale !

6h55. Faux-départ. Je suis percé à l'avant.

7h10. Vrai départ. A Brignais, suite à une erreur de parcours, bravo Marc! nous sommes noyés dans le flot des automobilistes qui partent au boulot. Du côté d'Eyzin-Pinet, j'ai déjà sommeil. Nous franchissons le petit col de Balbins avant de croiser à La Côte-Saint-André le parcours de Strasbourg-Perpignan 1985.

Une descente tout schuss sur la N75 suivie d'une courte remontée en ville nous amène à Voreppe au café-restaurant. Nous loupons le pont sur l'Isère et décidons de passer par Saint-Egrève et Saint-Martin-le-Vinoux où la piste cyclable fait parfois des acrobaties entre résidences et route express.

La traversée intégrale Nord-Sud de Grenoble est plutôt longue pour qui, comme nous, respecte toutes les signalisations urbaines. C'est bien simple, les dames du coin qui font leurs courses à vélo vont plus vite que nous !

La montée sur Monestier de Clermont commence à être un peu circulante, début de week-end allongé oblige, mais le vent dans le dos nous propulse à près de 20km/h. Au Monestier, je me plonge dans une micro-sieste sur un banc tandis que Claude fait des emplettes de cartes postales.

Le Vercors sur la droite, et l'Obiou sur la gauche sont encore bien enneigés. Le col de la Croix-Haute point culminant de la Diagonale à 1179m, est franchi avec une bonne avance. Dans la descente, le vent du nord ne faiblit pas et nous avons le temps de faire une longue pause à Aspres sur Buech avant la fermeture des échoppes.

Nous traversons Aspremont, célèbre pour les démêlés de ses équipes municipales puis Serres, où des travaux sur la chaussée nous permettent de redoubler une cinquantaine de voitures. Laragne-Montéglin et Sisteron sont traversées sur le grand plateau, et nous voilà pour une nouvelle grande pause dans un café de Château-Arnoux.

Tandis que les voisins tapent le carton, les patrons nous servent le thé au lait et les boissons rafraîchissantes d'usage et nous regardent, d'un oeil amusé, déballer les briques de tambouille.

La nuit est bien installée quand nous repartons. Dans Châteauredon. à l'écart de la route, Claude tourne un peu en quête d'une boîte aux lettres. Je ne lui suis pas d'une grande aide car le sommeil ralentit le moindre de mes gestes. Effet de la fatigue plus que de la faim proprement dite, je ne cesse de m'empiffrer des nombreuses victuailles de la sacoche.

A Barrême, il est 1h du matin et j'essaie en vain de dormir sur un banc. Nous franchissons ensuite le facile col des Robines.

Le sommeil m'envahit dans la traversée de Saint-André les Alpes et je propose à Claude de dormir sur un banc plutôt que sur le vélo dès que nous le pourrons. L'occasion se présente à Saint-Julien du Verdon. Là encore, nous n'entendrons pas le réveil mais ce somme de 3h20 à 4h du matin va nous permettre de franchir d'un bon coup de pédale le col de Toutes Aures deuxième point haut à 1124m.

Dans la descente, qui me paraît bien longue, Claude file devant. Le sommeil m'envahit à nouveau, je me réveille plusieurs fois à gauche de la route, mais il faut continuer ! Vivement un café d'ouvert !

Touët-sur-Var. Il est 6h45. Le café est fermé, mais il y a des chaises sur la terrasse et c'est l'occasion de boire ces laits chocolatés que nous trimballons dans les sacoches depuis plusieurs jours. Il y a du bon puisqu'une carte postale matérialise notre dernier contrôle avant Menton!

Plan-du-Var. Flèche à droite au bistro du coin. Il est 8h passées et, devant nos bols de café crème, bonne nouvelle, nous voyons les nombreux cyclistes qui remontent la vallée du Var en ce matin de jour férié s'arc-bouter contre le vent.

Ça ne trompait pas, on longe le Var à plus de trente à l'heure sans forcer. Dans Nice, juste avant le port, nous doublons le défilé du 8 mai. Le vent est un peu défavorable, mais l'odeur des écuries mentonnaises nous stimule !

Un peu de montagne russe sur la basse corniche, et nous traversons Monaco où l'on s'active déjà aux préparatifs du Grand Prix. Peu de chance qu'ici, les tribunes tubulaires puissent s'effondrer.

A l'entrée de Menton, Paul André nous prend en charge, et nous voici en train de longer la plage. Une poignée de main à André Laurenti et un coup de tampon au commissariat. Le compteur affiche 471 km et la montre 11h45.

Paul nous emmène faire un petit rabiot au col de Serres, récemment matérialisé par une pancarte d'arrêt de bus et nous replongeons sur son domicile.

Janine a préparé un repas réparateur. Jean-Michel Clausse, dont j'ai prévenu la femme ce matin au téléphone, est là pour nous raconter ses exploits du Pays Basque le mercredi 29 avril !

Epilogue

A l'issue de ce Triangle pas tout à fait réussi puisque deux Diagonales seulement peuvent être homologuées et qu'il a fallu une journée de plus que prévu, il reste la satisfaction d'avoir relier Menton et Dunkerque via Hendaye en sept jours exactement et d'avoir bouclé l'intégrale sur le vélo.

Par rapport à une Diagonale ou à un Triangle avec une nuit de repos à chaque sommet, la difficulté réside dans l'absence de temps de récupération.

Aussi, si l'expérience doit être rééditée, pour mettre toutes les chances de notre côté, voici ce que je préconise:

Mais de toute façon, comme le remarquait Claude du côté de Dunkerque, on restera toujours tributaire du vent qui peut, presque par lui seul, décider de l'échec ou de la réussite d'une Diagonale et à plus forte raison d'un Triangle.

De ce Triangle, il reste également le souvenir d'avoir rouler avec de bons camarades, d'un niveau assez homogène compte tenu des bobos de chacun, et d'avoir acquis, espérons-le, une forme physique acceptable pour les ballades à venir dans l'année.

        Marc Liaudon, mai 1992



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