10ème Diagonale: Hendaye - Menton du 23 au 26 juin 1993

(dernière mise à jour dimanche 12 novembre 2006)

Diagonale FFCT: carnet de route n° 93169, homologation n° 93055

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  Récit (écrit fin juin 1993)

Hendaye-Menton du 23 au 26 juin 1993

Diagonale faite en solo

Préambule

Cette Diagonale est la première après le cycle des neuf terminé en avril. Pour l'occasion, fort de 6500 kilomètres de vélo depuis le début de l'année, j'ai tracé un parcours plus original et plus difficile que les précédents, franchissant le col du Tourmalet et le Mont Ventoux.

Compte tenu de la période de l'année, favorable, de l'entraînement dont je dispose, conséquent, et de l'habitude que j'ai des parcours montagneux et des longues distances, cette Diagonale me semble réalisable normalement à condition de ne pas traîner.

Je dois partir mardi, mais la météo annonce tellement d'orages sur les Pyrénées que je décide de différer mon départ d'une journée. L'idéal serait même de différer le départ de deux jours, mais dans ce cas je n'arriverais que dimanche après-midi à Menton, et il ne serait pas possible de passer le week-end prévu avec Catherine sur la Côte d'azur.

Lundi, je préviens donc par téléphone M.Bourel à Ondres et M.Grao à Nice ainsi que le couple Hehn par courrier pour leur annoncer mon retard d'une journée.

Mardi soir, je prends le train de nuit à Lyon. Celui-ci me conduit à Bordeaux où à 7h je prends l'autorail et rejoins Hendaye à 10h.

1ère étape: Mercredi 23 juin 1993
Hendaye (Pyrénées-Atlantiques) - Luz-Saint-Sauveur (Hautes-Pyrénées) 226 km

Après plusieurs départs et arrivées au commissariat de police d'Hendaye, j'ai enfin compris qu'il fallait emprunter la rue des Pêcheurs afin d'éviter de porter le vélo dans les escaliers. Le ciel est très chargé et le planton me raconte ses récents déboires à VTT sous l'orage.

Je quitte le commissariat à midi. Il souffle un fort vent d'ouest et, tout le long de ces routes du Pays Basque que je connais par coeur à présent, je prends rapidement de l'avance sur l'horaire: déjà plus de quarante minutes à Hasparren où j'accompagne un moment un coureur de deuxième catégorie à l'entraînement.

Quelques rayons de soleil m'accueillent à Saint-Palais. Mais tout ça ne dure pas. Le ciel se couvre sur la vallée de la Saison et tandis que l'orage éclate à la sortie de Navarrenx, je me réfugie dans un café. La veille, la cave de ce café a été inondée. Pour le patron du café, c'est normal car quand les orages arrivent de Gan comme c'est le cas, ils sont très violents. La température étant tombée d'un coup, je m'habille chaudement et repars dès que l'orage se calme un peu. Au delà de Mourenx, les éclairs fusent et à Pardies, je me blottis dans un café.

Personnellement, l'orage me paralyse, et à chaque fois que je me trouve confronté aux éclairs, me reviennent en mémoire les fois où j'ai été coincé sous l'orage dans les sentiers muletiers en montagne ainsi que les statistiques sur les troupeaux et les gens foudroyés par l'orage. Sans doute les Gaulois avaient-ils raison de craindre que le ciel ne leur tombe sur la tête!

Je ne suis plus qu'à trente kilomètres d'Assat où réside la famille Thouvenot et où je dois m'arrêter un moment mais j'en suis à présent à me demander si j'y arriverai avant la nuit. A la sortie d'Abos, la route est envahie par les eaux et à Arbus une nouvelle offensive de l'orage me bloque pendant un long moment sous un auvent.

Enfin, j'arrive à Assat à 20h15. Quatrième visite à mes amis Palois depuis l'année dernière et quatrième fois sous la pluie battante!

Après un repas chaud et un peu d'essorage, je repars sous une fine pluie. Il est 21h30 et comme chaque fois que la route est mouillée, la dynamo Soubitez refuse de fonctionner. Heureusement, l'éclairage de la lampe frontale demeure lui fort efficace.

Après Lourdes, c'est sec et instantanément, la dynamo se remet à fonctionner. A Luz-Saint-Sauveur, le sommeil commence à se faire sentir et je me mets en quête d'un abri. Trois cent cinquante mètres avant le carrefour de Viella, il y a une grange sur la droite. Il est 1h du matin et je m'assoupis dans le foin, le vélo à mes côtés.

2ème étape: Jeudi 24 juin 1993
Luz-Saint-Sauveur (Hautes-Pvrénées) - Argeliers (Aude) 318 km

Le réveil sonne à 4h15. Je grignote dans le foin puis me lève sans hâte.

Je ne roule pas bien vite, mais dans la nuit, la montée me semble moins raide qu'en tandem l'an passé.

Il est 5h30 à Barèges et le jour commence à se lever. Il n'y a personne ici, personne non plus après le pont de la Gaubie pour me voir pousser le vélo quelques instants.

Dans le dernier lacet, un troupeau de moutons me laisse passer benoîtement au milieu de ses excréments. Au col du Tourmalet il est déjà 7h passées et les deux buvettes à souvenirs sont fermées. Pas de boîte aux lettres non plus, seulement une pancarte indiquant que la route des Laquets rouvre aujourd'hui.

Je prends une photo de la pancarte, à la fois pour compléter les clichés pris dans la montée et pour remplacer cachet et carte postale pour le contrôle.

Le brouillard monte sur chacun des deux versants et je m'élance dans la descente. A La Mongie, il y a une boîte aux lettres à côté de l'agence postale et je m'envoie une carte postale!

Il est 8h15 à Bagnères-de-Bigorre et je prends un bon petit-déjeuner. Peu à peu la brume se dissipe et j'escalade les nombreuses côtes des Hautes-Pyrénées sous un ciel de plus en plus dégagé. Après la pause pique-nique et détente dans un jardin public de Saint-Gaudens, je me surprends à enrouler un gros braquet sur ta N117, bien calme dès qu'elle est doublée par la N127.

A Cazères, deux mauvaises nouvelles: d'une part le vent se met à souffler de face et d'autre part l'entrejambe devient douloureux. J'avise un chemin tranquille pour me désinfecter, me pommader et me panser.

A Capens, je m'assoupis un quart d'heure sur un banc. Je gère une fringale dans la roue d'un tracteur dans la côte à la sortie de Saint-Sulpice et enfin m'égare dans Auterive en quête d'une boulangerie et d'une épicerie.

La fringale est oubliée et j'efface facilement les petites bosses qui me séparent du canal du Midi, non sans recevoir au passage du pain mâché balancé par un automobiliste facétieux.

Il est 18h quand j'arrive à Villefranche-de-Lauragais où je me rafraîchis d'un lavage des cheveux, du torse et des bras.

Le long du canal du Midi, la chaleur demeure lourde et je franchis pour la première fois de ma vie le col de Naurouze à 194m d'altitude !

Une nouvelle sieste à Labastide d'Anjou et me voilà armé pour traverser Castelnaudary. C'est à Bram où le passage à niveau est fermé quelques minutes que je retrouve pour un temps le parcours de Menton-Hendaye 1992.

Il est 21 h dans cette brasserie de Carcassonne où je prends le repas du soir. Je quitte la N113 à Trèbes, bourgade envahie par les mouchettes depuis le pont jusqu'à la sortie. Heureusement que je porte casquette et lunettes !

Puis la nuit se met à tomber doucement. Elle est bien là quand je m'arrête pour dormir. Il est 23h40 et j'installe la couverture de survie contre une baraque de vendeur de fruits sur la droite de la route peu après Argeliers. Le compteur affiche 318 km pour aujourd'hui et je m'apprête à prendre quelques heures de sommeil bien méritées.

3ème étape: Vendredi 25 juin 1993
Argeliers (Aude) - Val Martine (Alpes de Haute - Provence) 323 km

Les canisses n'empêchent malheureusement pas le passage du vent, et malgré le port de l'anorak et de la couverture de survie, n'ayant pas emporté de duvet afin d'être léger en montagne, je suis réveillé par le froid à 1h30 du matin. Peut-être un simple tapis-mousse aurait-il suffi pour que je dorme correctement ?

Dans le bas de Béziers, je mange machinalement. J'escalade les rues de la ville sans conviction et m'endors trois quarts d'heure sous un arrêt d'autobus en face du Mammouth.

Le jour se lève sur la route de Bessan où j'arrive avant 6h et m'endors à nouveau sur un banc.

A 7h, je suis parfaitement reposé et je lutte bientôt contre le vent pour atteindre Marseillan et prendre le petit déjeuner. Mais cette façon irrégulière de rouler depuis cette nuit ne m'a pas mis en avance et à Mèze, j'ai deux heures et demie de retard sur l'horaire.

Dans les faubourgs de Montpellier, le vent se met à souffler vraiment fort, mais je n'en ai cure, la forme est bien supérieure à celle d'avril et en restant concentré sur l'objectif, j'arrive à rouler à plus de vingt kilomètres/heure. Le retard se stabilise d'ailleurs à deux heures et demie malgré mes arrêts prolongés à Lunel et Manduel.

Quelques abricots à peine mûrs dérobés sur un arbre à la sortie de Montfrin et me voici à Avignon à 16h avec 200 kilomètres au compteur. Je me fourvoie dans la traversée surchauffée et encombrée de voitures de Carpentras et récupère la petite route qui mène à Serres.

Le Mont Ventoux se dresse sur la droite et dissimule mal quelques cumulus qui se forment sur les Alpes. Une dernière pause à Malaucène et j'attaque la montée à 18h50. La pente est irrégulière, je me sens relativement bien mais ne force pas car on ne sait jamais. C'est à partir de la côte 1100m environ qu'il y a deux kilomètres très raides où malgré l'emploi du braquet 28:28, je monte en zigzaguant sur la route.

A cette heure-ci, il n'y a pas grand monde et les derniers lacets de la route traversent une rocaille rendue rosée par le soleil presque couchant.

Je fais un long arrêt au restaurant du sommet où la télévision diffuse le show des cinquante ans de Johnny Halliday et c'est à 22h30, en fredonnant la chanson "Retiens la nuit" que j'attaque la descente.

Une photo au flash sur la plaque souvenir du Gaulois sera mon seul arrêt jusqu'à Sault. La dynamo fonctionne parfaitement et je progresse lentement mais sûrement sur le plateau de Vaucluse. Une belle plongée m'amène à Banon où je commence à rechercher une grange. La lampe frontale m'aide dans cette démarche et j'avise finalement une grange sur la gauche de la route, en face d'ailleurs d'une chambre d'hôte. Il est 1h du matin et je m'allonge entre les bottes de paille.

Malheureusement mon réveil-matin ne marche plus et je n'ai qu'à espérer me réveiller naturellement et pas trop tard pour arriver dans les délais à Menton. L'incident de l'an passé, survenu à quatre-vingt dix kilomètres de Dunkerque, à Hesdin, où confortablement installés dans les canapés d'une maison cossue, nous ne nous étions pas réveillés, est encore frais dans ma mémoire.

4ème étape: Samedi 26 juin 1993
Val Martine (Alpes de Haute-Provence) - Menton (Alpes-Maritimes) 244.5 km

Il est 3h du matin quand la fraîcheur de l'air me réveille. Je pourrais me rendormir en tirant vers moi quelques bottes de paille, mais il reste plus de deux cent quarante kilomètres jusqu'à Menton, soit douze heures de bicyclette, et mieux vaut conserver une petite marge par rapport au délai qui expire à 17h à Menton.

La nuit, c'est bien connu, on n'avance pas, et cela se concrétise une nouvelle fois sur la route de Manosque, d'autant que la côte après Saint-Michel l'Observatoire me semble interminable.

Je passe une demi-heure à Manosque, tantôt à manger et tantôt à chercher en vain une boîte aux lettres. Finalement, je contrôle à la sortie de Manosque, au péage de l'autoroute. L'agent sort la tête de ses listings et me gratifie d'un tampon ESCOTA Gare de Manosque. C'est le petit matin et l'arrosage des maïs fonctionne à plein jet. Encore une pause sur la belle place de Vinon-sur-Verdon où le boulanger semble avoir ouvert depuis un bon moment déjà alors qu'il est à peine 6h.

A La Verdière, il est 7h1/4, je rentre dans un café, m'installe à une table, demande à la patronne de me réveiller dans dix minutes et m'écroule de sommeil sur la dite table. Au réveil, la patronne me fera un café au lait et tout ira bien jusqu'à Menton.

A Varages je retrouve, pour ne plus le quitter, le parcours de Menton-Hendaye 1992. C'est le matin, il fait beau et frais, la route serpente à travers les pins, c'est formidable. Seule la course avec le chien Ulysse trouble un instant ma quiétude.

En vue de Draguignan, la fraîcheur s'estompe et laisse la place à un temps plus lourd, mais j'ai la chance de rouler jusqu'aux Quatre Chemins, près de Callas, avec un cyclo longiligne de 69 ans et demi, au coup de pédale et à la discussion dynamiques.

Au Relais du Garron, hôtel-bar isolé qui sera mis en vente dès le 1er juillet, le gardien profite de la nonchalance et du désintérêt de son patron écossais pour cette gigantesque demeure pour s'adonner à la pratique des armes à feu.

A Peymeinade, Jean-Pierre Téphany a repéré ma plaque de cadre et m'aborde alors que je prends de l'eau à la fontaine. Ce jeune carreleur, lauréat de six Diagonales, a quitté la Bretagne pour exercer son métier dans une région plus attrayante.

Le vent souffle de face en descendant sur Villeneuve-Loubet et je trouve le moyen de me fourvoyer en arrivant à Nice. L'erreur est bientôt réparée et c'est sous une chaleur assez lourde et avec un coup de pédale plus économe qu'aérien, que je termine cette Diagonale, le long de la basse corniche.

Il est 16h52 quand je pénètre dans le commissariat de Menton. Les fonctionnaires sont hilares et me proposent de ramener à Lyon avec moi une personne avec des menottes.

Je sors du commissariat avec le carnet composté et retrouve bientôt Catherine, partie en voiture ce matin de Lyon, et avec qui je passerai le dimanche à Cannes à parcourir tranquillement les îles de Lérins.

Epilogue

Tout s'est bien passé, malgré le mauvais temps de la première journée. Une Diagonale montagneuse demande néanmoins un entraînement supérieur à celui d'une Diagonale de printemps et il faut être suffisamment reposé au départ pour accepter de dormir très peu par la suite.

A noter enfin que la carte postée à La Mongie a reçu un superbe affranchissement ... de Bagnères-de-Bigorre!

Annexe: Vélo et bagages
Le vélo:

Vélo artisanal de 1983, roues de 700, pneus de 20 et 22mm, garde-boue et porte-bagages avant et arrière, sacoche de guidon, petites sacoches latérales arrière, éclairage fixe et lampe frontale, 52.40.28 au pédalier et 13.16.18.21.24.28 à la roue libre. Poids du vélo: 12 kilos
Les bagages: ils pèsent 6 kilos de moins que lors de Hendaye - Dunkerque d'avril 1993.
        Marc Liaudon, juin 1993

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