11ème Diagonale: Menton - Brest du 6 avril au 10 avril 1997

(dernière mise à jour samedi 24 mars 2007)

Diagonale FFCT: carnet de route n° 97045, homologation n° 97003

1. Carte

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  Carte



  Récit version courte (écrite en avril 1997) parue dans l'Echo du Cyclo, revue du CT Lyon

Trois participants: Michel Goni, Michel Giraud et Marc Liaudon.

Dimanche en Provence, 260 km

Nous quittons Menton à 8h, de l'attirail plein les sacoches. Les 2 autres fous sont Michel Goni du CTLyon et Michel Giraud le parisien, que nous nommerons Michel 1 et Michel 2 puisque c'est dans cet ordre qu'ils ont donné leur accord à ce projet...

L'étape sera facile, malgré les collines du Var et un peu de vent de face, aussi pour corser la journée nous tournerons un moment dans Mallemort pour trouver un abri. C'est finalement dans la basse ville sous un toit de l'école maternelle, après avoir hésité à franchir la grille du collège par un trou d'homme, que nous glissons les duvets à 23h45.

Lundi du bas-Rhône à la Haute-Loire, 280 km

2 moments forts à signaler ce jour. Tout d'abord l'incroyable tunnel du Roux, (michelin 76 pli 18), un faux plat montant strictement rectiligne long de 3330m. Dès l'entrée, on voit un petit point blanc là bas au bout qui n'est autre que la sortie. Ce tunnel, sis à plus de 1000m d'altitude, a été creusé dans la première partie du siècle pour y faire passer une voie ferrée qui n'a finalement jamais été posée. A présent, il fait gagner 2 km et 200m de dénivelée sur l'autre route, et demeure interdit aux cyclistes, bien qu'on y croise en tout et pour tout que 3 voitures...

2ème moment fort à Costaros, il est 22h, on vient de manger au café, on s'apprête à repartir sur la nationale, calme et roulante, avec nos éclairages et nos habits bien voyants. 2 zélés pandores nous abordent, nous reprochant presque de vouloir rouler à vélo. Mon taux d'adrénaline s'envole, je leur mets sous le nez le carnet de route estampillé par leurs homologues de Menton, et déballe quelques couplets sur la liberté avant que nous reprenions la route. Déjà il y a 4 ans, à l'issue de Hendaye-Dunkerque, j'avais du montrer mes papiers, parceque vous comprenez, il y a des gens qui arrivent de Hollande avec de la drogue. Le délit de sale gueule n'est pas loin, soyons vigilants.

Mardi en Auvergne et Limousin: 275 km

Décidément, nous contournons tous les sommets par la gauche, après le Ventoux et le Gerbier de Jonc hier, c'est le Puy de Dôme aujourd'hui...

Nous arrivons à Saint-Sulpice les Feuilles à 1h du matin passée. En plein centre, tout dort sauf un café encore ouvert. La patronne remplit nos bidons sous le regard étonné du seul client, en l'occurrence une cliente court-vêtue, dont la présence n'est après tout pas plus saugrenue que la nôtre. Un peu plus loin, sur le flanc gauche du bâtiment de la poste, une allée abritée fera une excellente chambre d'hôtel.

Mercredi en plein Centre-Ouest: 300 km

6h du matin. Michel 2 me tape sur l'épaule. Il faut sortir du duvet, ranger les affaires dans les sacoches et prendre la route. Ah, au fait, aujourd'hui j'ai 40 ans, et c'est la raison de notre présence ici...

Dans Airvault, une belle halle couverte nous permet de nous détendre, Michel 2 dans sa position favorite, allongé sur le dos, les jambes en l'air...

A Vallet, il est 22h et sur la grand-place il n'y a pas de restaurant. Michel 1 et moi nous contenterions bien du contenu de notre sacoche mais Michel 2 a faim et on nous envoie au restaurant de la gare, là où il n'y a pas de train, ni de gare non plus d'ailleurs. On ne trouve pas le restaurant et après avoir tourné quelques minutes, on revient au point de départ. Le temps de passer un coup de fil à Pierrick pour le rendez-vous de demain, de se renseigner à nouveau et de se reperdre et nous voilà cette fois vraiment au restaurant de la gare, un routier digne de ce nom...

Nous franchissons la Loire peu après St-Julien où Philippe Roche sera fauché par une voiture 3 semaines plus tard sur le même parcours à l'envers...

Arriverons-nous facilement à faire Sucé-Héric? Espérons-le puisque c'est à Héric que nous avons décidé de faire la pause de cette nuit. Las, à Casson, je loupe l'embranchement à gauche et la pancarte d'entrée supposée être celle d'Héric est en fait celle de Nort-s-Erdre. Résultat: nous aurons fait 12 km de trop. Tant pis, nous jetons nos duvets sur l'avant d'un gros bâtiment, un peu protégé de la lumière.

Jeudi en Bretagne 310 km

Nous mangeons à midi à Plumelec fier d'accueillir bientôt à nouveau une étape du Tour de France après le prologue de 1985.

Au pied de la bosse de Lanvaudan, il fait chaud et une petite vipère en profite pour traverser la route doucement en ondulant.

Il est 22h30 quand nous quittons Châteauneuf du Faou, désormais guidés par Pierrick le régional, qui pour une fois pédale de nuit.

A cause d'une panne de cuisses conjointes à Michel 2 et à moi, nous n'atteignons Brest qu'à 3h15 où nous compostons au commissariat. Nous parcourons à vélo les 5 km qui nous séparent de Guipavas, résidence de notre hôte où nous aurons droit à la 1ère douche de la semaine et à un repos bien gagné, un repos d'ailleurs de fort courte durée pour Michel 2 qui prend le train vers 5h afin d'être au boulot à Paris en fin de matinée!

Epilogue

De Menton à Brest, du commissariat au commissariat, nous avons parcouru 1425 km, y compris les erreurs de parcours et les recherches de cani et sommes restés 69 heures sur la selle. Nous avons roulé le plus souvent groupés, ce qui n'est pas banal quand on pense que Michel 2 a dû donner 1 fois 1/2 de plus de tours de pédales que Michel 1..


  Récit version longue (écrite en avril 1997)

Menton-Brest du 6 au 10 avril 1997

Trois participants: Michel Goni, Michel Giraud et Marc Liaudon.

Préambule

Cette diagonale est prévue tôt dans la saison, pour marquer mes 40 ans. Sur la quinzaine d'amis cyclistes contactés, deux seulement ont répondu présent, à savoir Michel Goni le Lyonnais puis Michel Giraud le Parisien.

Michel Goni, le plus âgé de nous trois, a 3000 km dans les jambes et de grandes qualités d'endurance. Michel Giraud, le plus jeune de nous trois, a moins d'entraînement mais peut compter sur ses facultés de grimpeur et des bagages plus légers qui lui assureront un petit bonus. Quant à moi, j'ai 2500 km d'entraînement et un attirail comparable à celui de Michel Goni.

J'ai tracé un parcours moyennement vallonné qui emprunte des petites routes chaque fois que c'est possible. La météo s'annonce bonne au moins pour les deux premiers jours, nous la surveillerons de près.

1ère étape: Dimanche 6 avril 1997
Menton (Alpes-Maritimes) - Mallemort (Bouches du Rhône) 257 km: Provence.

Départ 8h. Nous empruntons la basse corniche jusqu'à Nice puis retrouvons Jacques Malet et son pote Éric à l'hippodrome de Cagnes. C'est en leur compagnie que nous franchissons l'Estérel avant de nous séparer à Fréjus à l'issue d'un repas cool en terrasse d'un restaurant pas trop cher. Sur les pancartes d'entrée, les villages sont souvent nommés à la fois en provençal et en français. Nous atteignons Cotignac après avoir croisé un important et bruyant convoi de motards. Entre Barjols et Varages, la petite route est défoncée, heureusement qu'il fait jour.

A présent le vent souffle de face et nous nous organisons en relais tournants. Plutôt que de nous arrêter à Peyrolles, nous poursuivons jusqu'au Puy-Ste-Réparade afin de profiter du jour finissant pour rouler. A la pizzeria, notre arrêt est long car le patron est seul aux manettes et il lui faut aussi fournir les plats commandés par téléphone.

A la Roque d'Anthéron, l'ampoule de ma lampe frontale est grillée et comme l'ampoule de rechange a un pas de vis foireux, je ne peux plus l'utiliser. La recherche d'un gîte s'en trouve compliquée et nous poussons donc jusqu'à Mallemort, où nous tournons en vain dans la vieille ville pour trouver un abri. C'est finalement dans la basse ville, après avoir discrètement franchi la grille du collège par un trou d'homme, que nous glissons les duvets sous un toit de l'école maternelle ! Il est 23h45.

2ème étape: Lundi 7 avril 1997
Mallemort (Bouches du Rhône) - le Marcet (Haute-Loire) 279 km : vallée du Rhône-Ardèche-Haute Loire

Départ à 6h bien tassées. Après quelques kilomètres enroulés dans la nuit finissante, nous petit déjeunons au café à Cavaillon. Le mistral se lève et c'est arc-boutés sur nos machines que nous atteignons la pause de Sainte-Cécile les Vignes, Michel Goni ayant assuré la plupart des relais et Michel Giraud mangé son pain noir.

A Viviers, le retard sur l'horaire s'est creusé, nous faisons un petit tour dans la vieille ville avant de revenir sur le premier restaurant envisagé. Michel Giraud se fait remplacer le plat du jour par un plat de pâtes.

Dans le long faux plat qui suit, le vent devient moins défavorable et nous atteignons l'entrée d'Aubenas moins gênés dans notre progression. Après un échec pour trouver une ampoule, nous remontons l'Ardèche avec un retard affirmé sur l'horaire. Le genou droit me fait souffrir par intermittence et les collègues me laissent un bon de sortie après Montpezat-s-Bauzon pour les prendre en photo.

Nous empruntons l'incroyable tunnel du Roux, un faux plat montant strictement rectiligne long de 3330m. Dès son entrée, on voit un petit point blanc là bas au bout qui n'est autre que la sortie. Ce tunnel, sis à plus de 1000m d'altitude, a été creusé dans la première partie du siècle pour y faire passer une voie ferrée qui n'a finalement jamais été posée. A présent, il fait gagner deux kilomètres de long et surtout deux cent mètres de dénivelée par rapport à la route normale. Bizarrement, il est interdit aux cyclistes. Pourtant nous n'y rencontrons en tout et pour tout que trois voitures.

De l'autre côté, à Saint-Cirgues en Montagne, il fait bien froid, et nous abrégeons l'arrêt car nous avons déjà une heure et demie de retard. Michel Giraud s'envole dans la Cima Coppi, en l'occurrence le col de Fioulebise à 1249m d'altitude. Le Gerbier de Jonc et le Mont Mézenc apparaissent sur la droite, donnant du pittoresque au décor, comme le Mont Ventoux ce matin.

Nous atteignons Costaros à la nuit tombée. Tenté en premier, le café routier est enfumé et pas disposé à nous faire à manger. Puis en deuxième, le restaurant sur la gauche de la rue principale est tenu par un patron qui m'envoie promener. Ainsi nous arrivons dans le petit café restaurant d'en face et là, c'est tout le contraire : la gentille dame pas toute jeune qui le tient se met en quatre pour nous servir ce dont nous avons envie.

Après ça, il est dur de reprendre la route, d'autant que deux zélés pandores nous abordent, nous reprochant presque de vouloir rouler à vélo sur la nationale. Je m'énerve un peu et brandis le carnet de route estampillé par leurs homologues de Menton, non sans leur déballer quelques couplets sur la liberté d'aller et venir à vélo. En même temps, je me souviens qu'il y a quelques années à Dunkerque dans les mêmes conditions, j'avais du montrer mes papiers aux autorités. On m'avait dit : "Vous comprenez, il y a des gens qui arrivent de Hollande avec de la drogue". Bref, le délit de sale gueule n'est jamais loin…Cette fois encore le ton pourrait monter, mais nos deux pandores ont la sagesse de nous comprendre et d'en rester là.

La nationale est vraiment calme et roulante. Si ce n'était ma dynamo qui ne tourne plus, tout serait parfait, la comète au nord-ouest nous indiquant la voie. La montée du col de Fix-Saint-Geneys se fait dans la roue de Michel Goni, désormais seul à avoir un éclairage digne de ce nom. Au col, il est bien minuit passé et j'essaie de faire tourner ma dynamo. Je me rends compte rapidement qu'en fait il y a un faux contact dans le feu avant. Hop ! un réglage de fortune et je peux faire la longue descente sur Saint-George d'Aurac avec un éclairage qui fonctionne.

En bas, Michel Goni qui effectue les montées et les descentes avec exactement la même couche de vêtements est transi de froid. A sa demande, nous ne passerons donc pas ce soir la bosse qui conduit à la vallée de l'Allier. Du coup, nous cherchons un abri dans le Marcet et en trouvons un à l'entrée d'une ferme.

C'est un hangar en terre battue qui abrite deux voitures. Nous sortons les duvets et nous répartissons de part et d'autre des véhicules. Michel Goni, qui n'a pas emporté de tapimat, trouve deux belles plaques en polystyrène qui l'isoleront du sol. Il ne lui manque qu'un oreiller. Il est déjà 1h15.

3ème étape: Mardi 8 avril 1997
le Marcet (Haute-Loire) - St-Sulpice les Feuilles (Haute-Vienne) 276 km : Auvergne et Limousin

Il est 6h45 quand nous quittons notre logis dans la clarté du jour débutant. Au café du petit-déjeuner, à Brioude, les clients parlent du froid et du beau temps, galéjant comme des provençaux. La route, calme, suit l'Allier un bon bout de temps. A la sortie d'Issoire, sur la route de Champeix, nous investissons un supermarché. Mon humeur est au beau fixe car je viens de trouver : et un jeu d'ampoules qui me permettra enfin d'utiliser normalement la frontale, et des piles pour le feu rouge arrière, et du Yop !

Nous nous dévêtons à Champeix et montons de concert la bosse de Ludesse puis le col de la Ventouse dont Michel Giraud, jusque là retenu par un bavardage commun à propos de Cyclo-Camping-International, avale avec quelques longueurs d'avance les derniers hectomètres. Décidément, nous contournons tous les sommets par la gauche, et cette fois c'est le Puy de Dôme qui montre son profil. Nous avons pris du retard et devons manger à Nébouzat. Il fait beau et faute de bar, nous mangeons notre hors sac sur une table de pique-nique.

Plus loin, un engin agricole nous dépasse dans un faux plat et, curieusement, je suis le seul à prendre la roue. Je lâche l'engin dans les descentes, puis roule tranquillement, ce qui me permet d'attendre les collègues à Herment où c'est le cachet de la poste qui est apposé sur les carnets. Dorénavant, la forme est là et elle ne m'abandonnera plus jusqu'à Châteauneuf du Faou.

Les petites routes de la Creuse sont rugueuses, et on se perdrait sans doute si on y passait de nuit. Aubusson est une ville à l'étroit dans son trou. Les pancartes nous font conserver la tranquille D18 jusqu'à Ahun puis une route plus passante jusqu'à Guéret. Jusque là j'avais pensé que Michel Giraud ne passait pas le grand plateau à cause d'un problème de dérailleur avant. En fait c'est volontaire et du coup il est régulièrement largué dans les descentes et il doit ensuite chasser pour recoller à nos roues.

Guéret. Il est 20h30 et la cafétéria d'une grande surface à l'entrée de la ville fera une excellente halte. Vélos à portée de vue, toilettes, téléphone, cafétéria, une fois n'est pas coutume, le gros commerce a du bon pour un diagonaliste.

Il fait bien nuit quand nous partons à l'assaut du col du Maupuy. Ce col est fréquemment un des juges de paix du tour du Limousin, lui-même traditionnelle dernière préparation pour les championnats du monde de cyclisme, enfin du temps révolu récemment où ceux-ci se disputaient le dernier week-end d'août. Nous aurions du passer sur ces routes de jour et ça m'aurait évité de recourir sans arrêt à la carte. Du côté de la Brionne, l'emprunt d'une route ne figurant pas sur la carte me transforme ainsi en mouche prise dans une toile d'araignée.

Afin d'éviter ces désagréments, au Grand-Bourg, nous décidons d'emprunter la D912 plutôt que la D72. Nous arrivons ainsi à la Souterraine par une grande rocade. Le premier embranchement ne figure que sur la carte et nous devons donc sortir au niveau de la D72. Il est bientôt minuit et la recherche d'une fontaine conjointe à celle du D912 s'avère bientôt une gageure. En fait la vieille ville est perchée, et nous tournons un bon moment avant de prendre la bonne direction, celle de Saint-Sulpice les Feuilles où nous arrivons à une heure du matin passée.

En plein centre, tout dort sauf un bar qui est ouvert. La patronne remplit nos bidons sous le regard étonné du seul client. Ce seul client est en l'occurrence une cliente court-vêtue, et le saugrenu de sa présence le dispute à la nôtre. Un peu plus loin, sur le flanc gauche du bâtiment de la poste, une allée abritée fera un excellent lieu de bivouac.

4ème étape: Mercredi 9 avril 1997
St-Sulpice les Feuilles (Haute-Vienne) - Nort-sur-Erdre (Loire-Atlantique) 304 km : Centre-Ouest

6h du matin. Michel Giraud me tape sur l'épaule. Il faut sortir du duvet, ranger les affaires dans les sacoches et prendre la route. Ah ! au fait, aujourd'hui j'ai 40 ans, et c'est la raison de notre présence ici...

A Montmorillon, il est 8h45 et il est bien difficile de trouver un café. Finalement c'est le bar du palais qui nous accueille tandis que le marché se met doucement en place. A Chauvigny, Michel Giraud chute en s'arrêtant et doit trouver un vélociste pour remettre une vis à sa chaussure gauche dont le dessus est déjà bien troué. Pendant ce temps là, nous nous nettoyons dans les toilettes publiques de l'endroit. Plus loin, à St Georges les Baillargaux, notre regard est partagé entre le passéoscope sur notre droite et le Monoryland sur notre gauche.

A Neuville de Poitou, le restaurant routier au premier abord quelconque devient bien sympathique quand les fumeurs s'éloignent et que le volume de la musique s'abaisse. Le rapport qualité prix est imbattable, et luxe suprême, on peut prendre du yaourt en fromage et du yaourt en dessert. Pour l'anecdote, Michel Giraud découvre dans la feuille de chou locale que près de la Roche-Posay, sur l'initiative de cyclos locaux, un col des Sarrazins a été exhumé de documents bicentenaires puis ressuscité.

Dans Airvault, une belle halle couverte nous permet de nous détendre, Michel Giraud le fait dans sa position favorite, allongé sur le dos, les jambes en l'air. Après Saint-Varent, la campagne est plutôt quelconque et il y a des mouches. Un cyclo local fait les frais de mon irascibilité, espérons qu'il ne gardera pas une mauvaise impression des diagonalistes. Dans Saint-Clémentin, un passage pentu oblige Michel Goni à mettre le petit plateau pour la deuxième fois de la diagonale !

Michel Goni nous pilote dans Cholet qu'il connaît bien pour y avoir fait la semaine fédérale l'année dernière. Nous attaquons le bocage, d'ailleurs les pancartes directionnelles bien particulières en attestent : les routes y sont représentées en réseau avec les noms des lieux-dits qu'elles desservent.

A Vallet, il fait nuit et sur la grand-place il n'y a pas de restaurant. Michel Goni et moi nous contenterions bien du contenu de notre sacoche mais Michel Giraud a faim et la taulière du café nous envoie au restaurant de la gare, là où il n'y a pas de train, ni de gare non plus d'ailleurs. On ne trouve pas le restaurant et après avoir tourné quelques minutes, on revient au point de départ. Le temps de passer un coup de fil à Pierrick pour le rendez-vous du lendemain, de se renseigner à nouveau et de se reperdre et nous voilà cette fois vraiment au restaurant de la gare, un restaurant routier digne de ce nom. Devant le récepteur de télé, Michel Giraud y assouvit sa passion des coupes d'Europe de Football.

Il est tard quand nous nous élançons sur la route de le Landreau. Nous franchissons la Loire avant Thouaré. Les villages sont incroyablement éclairés jusqu'à Sucé/s/Erdre plongé dans l'obscurité.

Arriverons-nous facilement à faire Sucé-Héric ? Espérons-le puisque c'est à Héric que nous avons décidé de faire la pause de cette nuit. Las, à Casson, je loupe l'embranchement à gauche et la pancarte d'entrée supposée être celle d'Héric est en fait celle de Nort-s-Erdre. Résultat: nous aurons fait douze kilomètres de trop. Tant pis, nous jetons notre dévolu et nos duvets sur l'avant d'un gros bâtiment, un peu protégé de la lumière.

5ème étape: Jeudi 10 avril 1997
Nort-sur-Erdre (Loire-Atlantique) - Guipavas (Finistère) 312 km : Bretagne

6h15 : premiers tours de pédales, 6h50 : Héric. Le coup de tampon est apposé dans un débit de tabac, dans le concert matinal du ramassage des poubelles. Le petit-déjeuner est pour plus tard, en l'occurrence pour Blain, dans un formidable café PMU, où l'on s'allonge sur les banquettes sans risquer les foudres de la patronne. Le retard s'accumule mais la météo prévoit du beau temps et du vent soufflant favorablement d'est nord est, par conséquent on prolonge l'arrêt.

Le paysage est riant et arboré, pittoresque même après Redon où les maisons l'attestent, nous sommes bien en Bretagne. A Saint-Congard, Michel Giraud au bord de la fringale s'avale cinq cents grammes de Yabon en une minute. Nous traversons Malestroit et son marché et parvenons à Plumelec à l'hôtel du lion d'Or, fier d'accueillir bientôt à nouveau une étape du Tour de France après le prologue de 1985.

A la sortie de Baud, notre petit groupe éclate à cause d'un cyclo qui passe un peu vite. Nous nous regroupons à Pont-Augan puis au pied de la bosse de Lanvaudan. Il fait chaud et une petite vipère en a profité pour traverser la route doucement en ondulant. A nouveau notre petit groupe éclate pour suivre un cyclo qui grimpe la bosse sur le grand plateau et nous voilà à Plouay où un bon arrêt s'impose pour se rafraîchir car il fait près de vingt-quatre degrés à l'ombre.

La D769 nous propose un enchaînement de longues montées et descentes jusqu'au Faouët. La route est désormais bien tranquille et il est 21h quand nous arrivons à Châteauneuf du Faou.

Pierrick nous y attend depuis longtemps déjà. Pour moi la diagonale est finie et les soixante-quinze kilomètres, certes accidentés, qui nous séparent de Brest s'apparentent à une formalité surtout que nous n'aurons pas à rechercher notre chemin, il suffira de suivre le guide. Au bar alimentation, nous nous requinquons à volonté.

Nous quittons Châteauneuf à 22h30 et pour moi, contre toute attente, ça devient difficile. J'ai sommeil et j'ai mal au genou droit, et c'est d'un coup que la facilité que j'affichais depuis le Puy de Dôme s'est envolée. Heureusement pour moi, Michel Giraud n'est pas beaucoup plus fringant et nous nous surprenons à faire de temps à autre les honneurs du pied à ces bosses interminables. Pendant ce temps, Pierrick se gèle à nous attendre, devant faire des allers retour pour se réchauffer et Michel Goni continue comme si de rien n'était.

Nous sommes tous quatre des anciens du dernier Paris-Brest-Paris, chacun dans son rôle puisque Pierrick participait à l'organisation, et nous refaisons sur quelques kilomètres l'arrivée à Brest. Heureusement la dernière montée, horrible dans mon souvenir, est remplacée par une rampe moins raide jusqu'à la gare puis la place de la Liberté. Enfin il est 3h15 quand nous compostons au commissariat.

Nous parcourons ensuite, toujours à vélo les cinq kilomètres qui nous séparent de Guipavas où réside Pierrick. Là, nous aurons droit à la première douche de la semaine et à un repos bien gagné, un repos d'ailleurs de fort courte durée pour Michel Giraud qui prend le train vers 5h afin d'être au boulot à Paris en fin de matinée !

Épilogue

Cette diagonale a été réalisée assez facilement, ce qui est souvent le cas quand les conditions climatiques sont bonnes.

De Menton à Brest, du commissariat au commissariat, nous avons parcouru 1425 kilomètres, qui comprennent les erreurs de parcours et les recherches d'établissements et sommes restés 69 heures sur la selle.

Les trois cyclistes ont été très souvent groupés, ce qui est finalement assez étonnant quand on pense que compte tenu de leurs braquets et rythmes de pédalage respectifs Michel Giraud a dû donner une fois et demie de plus de tours de pédales que Michel Goni.

Enfin, dernier indicateur de notre réussite, après une ou deux journées de repos, nous repartirions bien pour un tour...



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