Le Projet de COL
(Contournement Ouest de Lyon)

(dernière mise à jour le samedi 9 mars 2002)

Introduction

Les "Pour"

Les "Contre"

Mon opinion

 Introduction

Le projet de COL (Contournement Ouest de Lyon), autoroute au pied des Monts du Lyonnais, traîne dans les cartons de l'équipement depuis une bonne décennie.
A son sujet un débat public a eu lieu de mi-octobre 2001 à début février 2002. Ce débat public, également consacré au projet de contournement ferroviaire de l'agglomération de Lyon (1) a été l'occasion pour les acteurs d'exposer leurs arguments et de répondre aux questions du public. Des centaines de pages ont été écrites à cette occasion. Voici une synthèse des quelques dizaines que j'ai eues sous les yeux (2).

 Les "Pour"

Les acteurs favorables au COL sont le Grand Lyon, le Grand Roanne, le MEDEF, les chambres et conseils économiques ainsi que les riverains du contournement est.

Officiellement, les arguments des "Pour" sont essentiellement ceux-ci:

1) le sous-dimensionnement des axes de transit actuel, amplifié par la volonté louable de requalifier le tunnel de Fourvière en axe urbain.

2) l'impossibilité d'asphyxier plus l'est lyonnais qui se prend déjà un maximum de pollutions et de risques en hébergeant:
plusieurs autoroutes, deux aéroports, Eurexpo, la ligne de TGV Méditerranée, la future ligne de TGV Lyon-Turin, voire celle du TGV Rhin-Rhône, le futur contournement ferroviaire "fret"(1), d'immenses zones industrielles, d'activités, de logistique, des banlieues agitées, bref un aperçu à moindre échelle de ce qu'est l'agglomération parisienne.

3) le désenclavement de la Loire (axe Lyon Saint-Etienne sous dimensionné et axe Lyon-Roanne de type Nationale des années 1970-1980).

4) le risque de stagnation dans le secteur actuellement très dynamique du transport et de la logistique : 160000 emplois en Rhône-Alpes, voire le désinvestissement de l'économie dans la région avec une situation de l'emploi qui en pâtirait.

Officieusement, il y a bien sûr la très forte pression de l'équipement et la demande du lobby routier, mais aussi la volonté de l'agglomération d'atteindre les 2 millions d'habitants afin de "concurrencer" Milan, Barcelone et Francfort, et ce au mépris du tissu social et du cadre de vie des habitants.

Par ailleurs ces divers acteurs insistent sur le fait que le COL doit préserver autant que possible l'environnement.
Enfin ils sont aussi favorables au contournement ferroviaire de Lyon, mais n'en font pas forcément la priorité absolue.

 Les "Contre"

Les acteurs hostiles au COL sont les collectifs d'associations de riverains, d'associations écologistes, d'associations favorables aux modes de déplacements alternatifs ainsi que la chambre d'agriculture.

Ces divers acteurs sont tous en faveur du contournement ferroviaire de Lyon, et en font la priorité absolue, sans rejeter l'axe routier Chalon/Saône-Roanne-St-Etienne-Toulouse.

Les arguments des "Contre" sont essentiellement ceux-ci:

1) L'aménagement du territoire doit modifier la demande de transport et sa répartition modale.
A ceux, adeptes du zéro-stock, du flux tendu, de l'hyper-spécialisation des tâches et des productions et du zonage en régions de production, qui estiment que seul le transport routier offre souplesse, fiabilité, modernité et croissance de l'économie (3), on peut rappeler que les Etats-Unis d'Amérique réalisent 40% de leur transport de fret par fer, contre 8,4% pour l'Europe.

De plus, les modes de transport ne paient pas les coûts qu'ils engendrent (coûts externes tels que pollution, nuisances sur la santé, accidents, etc.) et il n'y a pas d'incitation à utiliser les modes les moins polluants ou les réseaux les plus fluides. Dès que le pouvoir politique évoque un ajustement du prix du gaz-oil utilisé par les routiers, le lobby du transport routier bloque les routes (4).
Privilégier l'augmentation de la capacité ferroviaire, en endiguant son lent déclin, c'est choisir un transport dont l'incidence sur l'environnement est, à capacité équivalente, nettement moins néfaste que la route motorisée, aussi bien en rejets toxiques qu'en nuisances sonores et en occupation d'espace.
Par ailleurs, dans la vallée du Rhône, les infrastructures fluviales existent et sont sous-utilisées.

2) L'augmentation des tuyaux routiers ne résout que temporairement le sous-dimensionnement et ce à cause d'un effet pervers terrible(cf. Tout pour l'automobile).
Comme les tuyaux routiers attirent le trafic, ils doivent être le plus gros possible (=2x3 voies) pour être "efficaces" le plus longtemps possible, et du coup ils vont repousser le goulot d'étranglement un peu plus loin, en l'occurrence dans la vallée du Rhône qui n'en peut déjà mais.

3) L'agriculture, et en particulier le secteur maraîcher, 600 producteurs, 11000 tonnes de fruits sur 760 ha, n'y résistera pas. En plus de l'effet de coupure et de démantèlement dont seraient victimes nombre d'exploitations n'ayant pas de position de repli, quel crédit accorder à une production agricole qui serait désormais victime de la pollution par les hydrocarbures et les métaux lourds?

4) Les politiques de transport et d'urbanisme doivent être abordées de concert.
L'agression sonore et visuelle, dans cette région en plan incliné y dégradera définitivement la qualité de la vie et supprimera la respiration de proximité urbaine.
Les diffuseurs (bretelles) entraîneront (paradoxalement car la qualité de la vie y sera bien dégradée) une forte pression urbaine, liée à l'effet de vitrine et à la facilité d'accès revendiquée. Cet étalement urbain qui, on le voit partout, ferme le paysage et supprime la respiration de proximité urbaine est pollueur et facteur de dégradation sociale.

5) Selon les dires de ses partisans, pour soulager Fourvière, le COL ne se justifie que s'il est raccordé au nord à l'A6 (autoroute Paris-Lyon) et au sud à l'A7 (autoroute Lyon-Marseille).
Selon les vœux des ligériens (Roanne, Saint-Etienne), pour désenclaver le département de la Loire, le COL doit être impérativement raccordé au sud-est à la future A45 (autoroute en projet qui doublerait l'actuelle A47 Saint-Etienne-Lyon) et au nord-est à la future A89 (autoroute en projet Roanne-Lyon).
Ces doubles raccordements sont évidemment possibles, mais alors:

Avec le raccordement A6-A7, le goulot d'étranglement de la vallée du Rhône augmente en durée et en longueur.
Avec le raccordement A45-A89, Lyon joue son rôle de capitale économique régionale et de pompe à emplois, et transforme un peu plus Saint-Etienne et Roanne en cités dortoirs.
Chacun de ces raccordements sacrifie la ville de Givors.

6) Les coûts prévisionnels moyens sont les suivants (source débat public):
COL (60km): 1,9 milliards €.
TOP (13km): 1,2 milliards € (5).
A89 (60km): 0,9 milliards €.
A45 (50km): 0,7 milliards €.
soit 4,7 milliards € pour ces 4 infrastructures autoroutières interdépendantes.

Contournement ferroviaire par l'est (60km): 1,3 milliards €.
La capacité (minima) de 300 trains de fret par jour est celle de 10000 poids lourds...

 Mon opinion

En tant que cycliste, je sillonne régulièrement l'ouest lyonnais que j'habite, la ville de Lyon où je travaille, et l'est lyonnais où j'ai de nombreux amis cyclos.

Force est de constater la qualité de vie de l'ouest lyonnais:
qualité de vie certes en baisse sensible depuis quelques années, en particulier à cause d'une urbanisation anarchique et d'une infrastructure de transports en communs insuffisante et peu incitatrice,
mais qualité de vie réelle car le paysage n'est pas (pas encore?) réellement urbain. Je rencontre un seul feu rouge sur mon accès aux monts du Lyonnais, et je peux choisir différentes routes pour quitter mon domicile, toutes fréquentables à vélo, et qui toutes traversent des prairies, des bois ou des vergers, et qui toutes longent aussi des fermes.
En comparaison, à l'est de Lyon au départ de Saint-Priest, un seul itinéraire est réellement bucolique.

Pour avoir habité Massy, pourtant à près de 15 km de Paris, pendant plus de 4 ans dans les années 1980, je sais trop ce que c'est que de parcourir des km de grisaille urbaine avant de voir une vraie forêt comme c'est le cas dans le sud de l'Essonne.

Suis-je égoïste? De par l'augmentation de la pression foncière, notre maison a presque doublé de valeur en dix ans, et comme nous habitons une zone calme à proximité d'une école et qui est à mi-chemin entre le tracé du COL et la commune de Lyon, il est probable qu'elle prendrait encore de la valeur avec le COL.

Mon opinion sincère, c'est que le COL c'est une rustine pour colmater l'énorme trou d'une chambre complètement poreuse et que le marchand de rustines ça l'intéresse bougrement. En plus comme la rustine ne sera pas plus efficace que la précédente (le contournement est de Lyon qui devait faire sauter le bouchon de Fourvière, dixit Michel Noir dans les années 1990), il proposera à la vente régulièrement d'autres rustines.

J'ajouterai que le chantage à l'emploi de la part de secteurs économiques qui demandent tous la flexibilité et sont incapables de se tourner vers une offre de services différente et dont la société manque tant, me semble un argument de piètre qualité.

En conclusion, soyons raisonnables, halte au feu, ne faisons pas un appel d'air supplémentaire au routier, et si nous ne sommes pas capables de vivre sans fourmiller encore plus, au moins que l'investissement se fasse massivement dans les modes de transports les moins polluants, à commencer par ceux qui utilisent le rail, et ce y compris à l'ouest lyonnais.

Panneau anti-COL sur la D2E près de St-Maurice-s-Dargoire, février 2002, photo Marc Liaudon

(1) De source SNCF: le nœud ferroviaire de Lyon est actuellement saturé. Le fret ferroviaire traverse l'agglomération lyonnaise à une vitesse moyenne inférieure à 30 km/h. Les mêmes lignes généralistes supportent un trafic voyageur qui ne demanderait qu'à augmenter: la demande est de 200 trains supplémentaires pour l'agglomération lyonnaise. Des lignes spécialisées fret pourraient supporter des convois de 5000 tonnes de charge contre 1800 tonnes actuellement.

(2) On peut consulter l'excellent site, très documenté, de ALCALY (Alternatives aux Contournements Autoroutiers de Lyon): http://www.alcaly.org/alcaly/alcaly.asp

(3) la poursuite de l'éloignement domicile-travail, l'exigence de disposer des produits et des services dans des délais de plus en plus courts, en plus des situations de stress qu'elles impliquent à leurs acteurs sont des comportements très gourmands en énergie et en mode de déplacement...

(4) "...adresser un signal fort aux transporteurs qui utilisent l'axe rhodanien en leur disant que l'on ne déroulera pas le tapis rouge aux oranges espagnoles" (source ARDEN -Association pour le respect du droit et de l'environnement-)

(5) Le TOP (Tronçon Ouest du Périphérique) est le quart de cercle de périphérique urbain manquant aux technocrates entre le périphérique Nord (autrefois dénommé TEO) et le boulevard de ceinture est (boulevard Laurent Bonnevay), en projet sur (ou sous?) les communes de Tassin la demi-Lune, Francheville et Oullins (voire plus).

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