Paris-Brest-Paris Randonneur

(dernière mise à jour samedi 16 mars 2013)

1. C'est quoi Paris-Brest-Paris Randonneur ? 2. Mes Paris-Brest-Paris 3. Mon PBP 1983 4. Mon PBP 1995 5. Mon PBP 1999

 C'est quoi Paris-Brest-Paris Randonneur ?

On part à vélo de la région parisienne quand le monsieur ou la dame donne le départ, c'est un jour d'août l'année d'avant les jeux olympiques.
On va à Brest en suivant les flèches ou les autres cyclistes si on peut.
Une fois à Brest, on repart dans l'autre sens, toujours en suivant les flèches, le parcours est sur une grande partie le même qu'à l'aller, ce qui fait qu'à l'aller on peut repérer le parcours du retour en se retournant, mais c'est dangereux.
De plus, il faut revenir au point de départ dans le temps imparti, sinon on a pédalé pour rien !

Un règlement plus complet mais plus sérieux se trouve sur le site de l' ACP (Audax Club Parisien), voir Paris-Brest-Paris Randonneur

 Mes Paris-Brest-Paris

J'ai fait 3 Paris-Brest-Paris Randonneur en 1983, 1995 et 1999. De plus j'étais inscrit à celui de 2003, mais n'ai pas pris le départ pour des raisons familiales.

 Mon Paris-Brest-Paris 1983

(récit paru dans La Chaîne, le journal de l'A.S. des Graves de Vichy, écrit début septembre 1983)

Ce PBP se présente assez bien. Il se présenterait encore mieux si j'avais pu faire un peu de vélo depuis quinze jours, mais néanmoins la forme était là début août et en toute logique il doit en rester quelque chose.
Après un essai la veille du départ, le dimanche 28 août pour aller faire contrôler le vélo à Rueil-Malmaison, l'équipement sera réparti entre un sac de guidon et deux sacoches latérales arrière. Dans celles-ci, le matériel vestimentaire pour se couvrir pendant les passages de nuit sur le vélo et, sur le porte-bagages arrière, le tapis-mousse (tapimat), le duvet et la couverture de survie, ce qui porte le poids total du vélo à 23 kg environ, petite concession au confort et à l'autonomie.
J'ai étudié rapidement ce qui pourrait être un plan de route, et ce en me basant sur les expériences personnelles précédentes sur ce type de distance. L'idéal serait sans doute de faire trois tranches de 400 km séparées chacune par une période de sommeil. Quoi qu'il en soit, et à supposer que je roule à mon meilleur niveau, j'aurai du mal à descendre sous les 70 heures. Les 80 heures semblent par contre assez facilement réalisables.

Ajout du 16 mars 2013: Trois départs étaient possibles: à 4h du matin, 10 h ou 16h. Le départ à 4h offrait un plus grand délai mais obligeait à se lever trop tôt et celui de 16 h était réservé à des randonneurs rapides et surtout offrait une 1ère journée avec peu d'heures de jour, et c'est pourquoi j'avais choisi le départ de 10h.

Lundi 29 août 1983.

Je me réveille à 6h45, un quart d'heure avant la sonnerie du réveil matin. Départ de l'immeuble de Massy vers 7h30 pour parcourir la vingtaine de km qui séparent Massy de Rueil-Malmaison, distance que je parcours tranquillement à vélo en une heure et quart.

A Rueil-Malmaison (km 0), contrôle du vélo puis collation. Une ou deux photos des cyclistes qui attendent le départ, photos qui seront les seules de la balade.
Le speaker, il s'agit sans doute de Robert Lepertel, demande une minute de silence à la mémoire de Pierre Kraemer puis annonce que les motards emmèneront le peloton à 25 km/h puis progressivement à 40 km/h pour étirer le groupe avant le goulot de Saint-Cucufa. Il faut quand même jouer un petit peu des coudes et des roues car nous sommes 800 au départ de 10 heures.
Le peloton roule assez vite puisque nous atteignons le premier contrôle, Bellême (km 162), à 30 km/h de moyenne, dix minutes seulement après l'ouverture. Les premiers du groupe sont d'ailleurs arrivés nettement plus tôt, mais il est vrai que le vent nous a bien poussés. Entre temps, j'ai pu rouler avec le lorrain Jean-Claude Marsot et son collègue Jean Mirjolet. Auparavant, je me serai arrêté avec quelques autres à l'entrée de Châteauneuf-en-Thymerais (km 102), où une famille a mis un robinet d'eau et des éponges à notre disposition.
C'est mon troisième passage sur ces routes depuis le début de l'année, après celui avec Catherine au 1er mai puis lors du brevet de 600 km de Mantes fin juin, et dire que je ne les connaissais pas auparavant !
Après Mamers (km 177), un petit groupe se forme qui va exploser sous les coups de boutoir (mais oui) d'un Espagnol au maillot Zarautz, puis des miens car l'Espagnol m'a donné envie de "flinguer".
Ces petites routes rugueuses des Alpes mancelles, il en restera sûrement des traces dans l'organisme, et les gars que l'on largue, plus raisonnables, nous repasseront sans doute à un moment ou à un autre.

Au contrôle de Villaines-la-Juhel (km 230), je m'arrête une demi-heure, puis repars avec un groupe d'une vingtaine d'unités. La lassitude est venue et je traîne en queue de peloton à discuter avec un cyclo de la fac d'Orsay.
Peu après Gorron (km 287), on met les feux. Les ampoules de Sanyo ne tiendront qu'une demi-heure si bien que cinq kilomètres avant Fougères, je dois monter l'éclairage Cyclu à piles, éclairage de secours dont je ne pensais vraiment pas me servir. De retour à Paris, il faudra essayer la diode Zeener préconisée par un cyclo de la balade.
Au contrôle de Fougères (km 322), il est 22h passées et je m'arrête de nouveau une demi-heure pour faire le plein, et jusqu'à Tinténiac (km 378) où je parviens à 1h du matin, je connais une relative euphorie. Après, par contre, je commence à avoir sommeil. Aussi, à la sortie de Médréac (km 397) où il est 2h du matin, j'avise un pré derrière une haie. Il faut enjamber la clôture de fils de fer barbelés, puis sortir tapis-mousse, duvet et couverture de survie, celle-ci pour se protéger de la rosée.

Mardi 30 août 1983.

Je mets le réveil à 6 heures du matin, ça devrait faire quatre heures de sommeil. Quatre cents bornes à près de 25 km/h de moyenne avec un peu de bazar sur le vélo, c'est pour moi un record et ça mérite bien de se reposer un peu…
Entre-temps un autre cyclo sera venu dormir aussi dans le coin, ou plutôt essayer car il ne semble pas avoir de couchage.
6h du matin. Pendant que je replie duvet, tapis-mousse et couverture de survie, des cyclos passent par groupes de deux ou trois, qui dans le bruit des conversations déjà animées et qui dans le silence des pneus sur la chaussée humide de rosée. En fait, je ne replie pas très vite le matériel, et il me semble voir en passer beaucoup.
A Quédillac (km 403), Marcel Sarrazin est désemparé car il a une manivelle cassée et ne sait pas comment réparer. Il me donne consigne si je la vois de prévenir Marie- Thérèse de ne pas l'attendre au-delà de 11h.
A présent, le vent est plus souvent défavorable et, pour la première fois de la balade, j'observe des cyclos en difficulté.

A Loudéac (km 455), c'est en vain que je cherche Marie-Thérèse Sarrazin et son J9 Peugeot pour lui passer le message de Marcel. Puis, à la sortie, je passe un coup de fil au régional Marc Sourimant pour lui donner rendez- vous au Huelgoat comme convenu.
Après Mûr-de-Bretagne (km 476), tout en roulant, je consacre une bonne heure à converser avec une cyclote californienne élancée et assez mignonne qui fait PBP, ce "challenge", avec son mari.
Je retrouve Marc Sourimant au carrefour de la N164 et de la N169 et nous roulons de concert jusqu'à Brest, non sans avoir pris un pot à Sizun (km 572) et escaladé les côtes à un rythme plus soutenu que les cyclos que nous doublons (merci Lapalisse).

Brest (km 607) aura donc été atteinte en guère plus de trente heures à 20 km/h de moyenne.

De retour vers Paris, je roule un moment avec Guy Montillet et Jean-Michel Gobeau, tous deux de l'ASG Vichy, puis m'arrête à Landerneau (km 625): j'y assouvis le besoin de "me faire une épicerie". J'en profite également pour tailler un brin de causette avec les deux texans de service, de Fort Costworth.
Le grand randonneur vichyssois Christian Trillat, parti lundi à 16h, me dépasse irrémédiablement dans la montée du Roc Trévezel (km 657). Nous roulons ensuite ensemble ainsi qu'avec son collègue de Saône-et-Loire entre Rostrenen (km 713) et Loudéac (km 760) et j'y arrive même avant lui, mais il faut dire qu'il maîtrise la régularité et l'efficacité et qu'il n'est donc pas enclin à changer de rythme pour suivre inutilement mes poussives quoi que volontaires accélérations.

A Loudéac (km760), il est minuit et je m'arrête une heure: le temps pour bien manger, steak-purée-yaourt-etc. et pour se faire masser les cuisses et la nuque par des mains expertes de soigneuse, une nuque qui m'a fait bien souffrir il y a de ça quelques heures. Merci à la Croix-Rouge.

Mercredi 31 août 1983.

En principe, je devais m'arrêter quatre heures pour dormir, mais le fait de tenir le 20 km/h de moyenne générale me fait à présent espérer de terminer en soixante heures, me doutant bien que ça ne sera pas de la tarte, d'autant plus que ça m'interdit de dormir.
Nous roulons alors à deux, avec un gars de Levallois, mais peu après le contrôle secret de Saint-Méen-le-Grand (km 803), je lui laisse prendre du champ car je commence à souffrir. C'est avec un cyclo de l'ASPTT Lyon que j'escalade la montée de Bécherel. La descente est réfrigérante.

A Tinténiac (km 836), c'est vraiment le coup de barre. Il est près de 5 heures du matin, j'ai très mal aux fesses et l'impression d'être plein de furoncles. Aussi, je me lave consciencieusement le séant avant de passer le collant long.
Je repars péniblement après 40 minutes d'arrêt. Je roule en guettant un endroit pour gîter et m'arrête finalement moins de dix kilomètres après Tinténiac, au lieu-dit "Bon-Espoir". Je sors le matériel de couchage et m'assoupis pour une bonne paire d'heures.
9h du matin. Il est temps de repartir, mais ce n'est vraiment pas la forme d'autant que le vent est franchement défavorable. Je réussis péniblement à accrocher un wagon et ainsi à atteindre Fougères (km 892) où je me restaure gaillardement. Je reconnais quelques cyclos: le gars de l'ASPTT Paris, puis Jean-Pierre Meunier de Vichy qui a abandonné à l'aller à cause d'un furoncle. Il y a même dans le journal local une photo d'un autre vichyssois du club, Hubert De Blok.
Dans la bosse après Fougères (km 892), je lâche un cyclo espagnol, lui aussi solitaire pour le moment et qui monte encore moins vite que moi. Plusieurs groupes vont me doubler et je m'accroche épisodiquement à quelques wagons, mais ce n'est pas brillant.
Au Ribay (km 965), il est 15h30, et je dois m'arrêter trois quarts d'heure près de l'épicerie pour essayer de me refaire une santé car après avoir passé les bosses planté sur le 28:21, j'en ai bien besoin.

Ensuite au contraire, ça repart "comme en 14" jusqu'à Villaines-la-Juhel (km 982). Là, je prends une douche. En effet, il a fait très chaud et j'en avais marre de sentir la sueur. Puis je bois un café et comme l'orage menace, j'essaie de dormir dans la grande salle. Il y a tellement de bruit à côté que même avec les boules dans les oreilles, il n'y a pas moyen de s'assoupir, aussi je repars dix minutes après, peut-être est-ce aussi l'effet du café !

Il tombe quelques gouttes avant Fresnay-sur-Sarthe (km 1008), ce qui oblige à "mettre de la bâche". La nuit s'installe peu avant Bellême (km 1054) que j'atteins avec un cyclo, routier de profession, et qui regrette de devoir tous les soirs attendre ses collègues de club moins habitués que lui au manque de sommeil.
A Bellême (km 1054), un gars fait pitié à voir, c'est Jean-Louis Gatignol de Clermont-Ferrand, qui a les yeux abîmés de fatigue. Il n'est pas tout à fait 22 heures quand je quitte Bellême et il suffit à présent de tenir le 16 de moyenne pendant 10 heures pour être à Rueil-Malmaison en moins de 70 heures. J'y parviendrai d'autant plus facilement que le vent souffle favorablement. Je roule le plus souvent seul, mais même en groupe, ça ne parle pas beaucoup. L'allure n'est pas très vive mais somme toute suffisante.

Jeudi 1er septembre 1983.

Avant Rocquencourt (km 1200 environ), le fléchage s'est bougrement relâché et je perds un bon quart d'heure à tourner en rond. Enfin j'accomplis les dix derniers kilomètres du raid en compagnie d'un Américain parti lundi à 4 heures et, ensemble, nous échangeons quelques bonnes vannes.

A Rueil-Malmaison (km 1215), il est 6h30 du matin. Christian Trillat, arrivé hier soir vers 22h, a mis moins de 54h. Chapeau ! Par contre son collègue semble avoir abandonné. Jean-Claude Marsot, Jean Mirjolet ainsi que le gars de l'ASPTT Paris sont tous arrivés dans la nuit. Claude Bénistrand, quant à lui, arrivera peu après moi.
Je bavarde avec tous ces gars et avec d'autres, certains à la sortie du lit, d'autres en quête d'un lit, et je me surprends à être finalement assez réveillé.

Vers 8 heures, je décide que j'ai assez bavardé et j'attaque le retour sur Massy. J'avale la côte de Meudon facilement et me voilà à Massy à 9 heures.
Massy-Brest-Massy, soit 1255 km, est bel et bien terminé !

Epilogue.

Ce Paris-Brest-Paris s'est bien déroulé, dans un temps honnête qui plus est avec, il est vrai, l'aide du vent. Pas de très grosse défaillance à noter, malgré un passage à vide de près de 200 km après Tinténiac au retour. D'avoir pu manger équilibré, même au milieu de la nuit, n'y est sûrement pas étranger.
La qualité de l'intendance fournie par l'organisation, associée à l'effet d'entraînement physique et psychologique procuré par la compagnie d'autres cyclistes, c'est sans doute ce qui fait qu'on va plus vite dans Paris-Brest-Paris que dans une diagonale, réalisée généralement seul ou en petit comité et surtout en parfaite autonomie.

Ajout du 16 mars 2013: J'avais pris la semaine de congés et il me restait donc le jeudi presque entier et trois jours pleins pour récupérer. J'étais tellement peu marqué par l'épreuve que quelques heures après l'arrivée, je prenais le train à destination du cœur de l'Auvergne et que dès le lendemain vendredi 2 septembre, j'ajou- tais 3 nouveaux cols cantalous à ma collection, le col de Prat de Bouc et deux cols muletiers: le col de la Tombe du Père et le pas des Alpins.

 Mon Paris-Brest-Paris 1995

(récit paru dans L'Echo du Cyclo du CT Lyon)

Lundi 21 août 1995, 19h45, St-Quentin en Yvelines. Nous sommes quelques centaines à faire le pied de grue dans cet étroit chenal bordé de barrières de sécurité. Il fait chaud. Sur la gauche, debout sur une estrade, Robert Lepertel déballe ses recommandations, en alternance avec le notable de service qui vante la fabuleuse cité de Saint-Quentin en faisant semblant d’y croire. Deux longueurs derrière moi, Scott Dickson, cador des éditions précédentes, livre ses impressions à un journaleux. Bref tout le monde est dans son rôle. Sauf moi, peut-être, avec mon gros sac de guidon et mon bagage arrière. Ca me désole et ça me rassure à la fois.

Lundi 20h, Trois ! Deux ! Un, c’est parti !

90 secondes et trois virages plus loin, c’est la 1ère gamelle,10m devant moi. Je l’évite d’un coup de guidon qui me permet d’aller visiter la voie de gauche. Les sprints et les coups de frein se succèdent. Sur un ralentissement violent, mon garde-boue arrière sert de pare-choc, le collègue qui part au tapis en l’accrochant pourra en attester. A peine 2 km de parcourus et mon deuxième feu rouge, accroché donc à ce garde-boue a déjà jeté l’éponge. Ça rappelle Jean Alesi dans ses grands moments.

Alors là, pouce! Maintenant, je roule sur le côté du peloton, à 35 km/h, soit du moins 15 cyclistes/minute puisqu’environ 15 cyclistes me dépassent chaque minute. J’en reconnais quelques-un(e)s comme Brigitte Kerlouet [a] gamellisée tout à l’heure et qui remonte le peloton à 50 km/h dans les roues de sa garde rapprochée.

La nuit vient dans l’Eure et Loir. Les paquets de tête sont loin devant, la région est lugubre et je baille comme un damné. C’est l’idée qu’on puisse forcer le coffre de ma voiture dans lequel est entreposé le vélo de l'ami Bernard Chartier [b], forfait de dernière minute, qui me tient réveillé: je calcule que si je fais demi-tour tout à l’heure au 1er contrôle à Vilaines, je pourrai ensuite être de retour à Paris dans l’après-midi et voir arriver tranquillement demain les 1ers de la balade.

km 70: 400m à peine de chemin de terre qui ont mobilisé, semble-t-il, toutes les autorités cyclotouristiques de Nogent-Le-Roi pour qu’on puisse passer sans heurt.

Cette balade est vraiment aberrante: tout à l’heure l’organisateur suprême a souhaité que le record randonneur tombe alors que la FFCT qui patronne l’épreuve a juré ses grands dieux qu’il n’y aurait aucun temps de publié.

km 120: l’ami Christian Trillat [c], de Vichy, me passe avec un groupe de 20 gars dans sa roue, aucun pour le relayer.

Mardi 22 août 1995 0h40, Mortagne, km 140. 1er ravitaillement, 1ère pause sérieuse, l’occasion de passer machinalement le sac de guidon au peigne fin. Les pressés eux ne s’arrêtent pas. Quant aux voitures des assistés non encore passés, elles forment une concentration un peu comique.

km 190. Dans un petit groupe, Philippe Roche [d] me passe sans en avoir l’air, heureusement que j’ai l’oeil. Donc ça y est, je ne suis plus seul, il y a un deuxième cinglé de l’attirail dans le wagon. Nous aurons ainsi roulé un peu ensemble avant mon abandon programmé dans 30 bornes.

Mardi 4h, Vilaines la Juhel, km 220. Plus de 30 minutes d’arrêt avec Philippe: sa lampe avant défaillante nous a amené tout droit... chez le vélociste. Qui c’est qui parlait d’abandon?

Nous roulons désormais tout deux de concert et de front pendant des heures. Philippe connaît le parcours par coeur (surtout les bosses) pour l’avoir fait il y a 4 ans en triplette avec 2 nanas. 

Mardi 7h20, Fougères, km 303. Philippe fait son petit effet en sortant son téléphone mobile. En fait, grâce à une messagerie vocale mise à jour à partir des infos du service minitel 3615 PBP, il s’informe des temps de passages des collègues.

Mardi 9h30, Tinténiac km 356. Encore une grosse demi-heure d’arrêt et surtout l’erreur stratégique de Philippe: il se fait ravitailler et discute avec une copine pendant que je mange chaud et tranquille. Nous continuons ensemble, mais visiblement il est touché. D’ailleurs, à partir du km 400, alors que nous roulons enfin en relais avec d’autres, il nous laisse filer, d’autant plus qu’il porte assistance mécanique à un cyclo suédois de 2m et 100kg qui a cassé un cable de dérailleur forcément hors norme lui aussi.

Mardi 13h10, Loudéac km 441. Arrêt réglementaire de 10 minutes. RAS si ce n’est de jolis passages accidentés, avec ça et là des riverains qui offrent à boire.

Mardi 16h15, Carhaix, km 517.

La montée au roc Trévezel se fait avec un briochain qui m’annonce 23 bornes de montée puis 20 bornes de descente, il est vrai qu’il fait chaud depuis 3 semaines en Bretagne...

Roc Trévezel. Le fait est que ça monte: de 2 km, puis que ça redescend d’un et ainsi de suite, il n’a finalement pas tort le collègue.

Mardi 18h, Col Tredudon. Contrôle secret et 4354ème col de ma collection. Ce crochet me fait manquer le croisement avec le paquet de tête. Le paquet suivant est bien là, d’une quinzaine d’unités et à 25 minutes. Alain Boutoux [e] passe encore plus loin. Après Sizun, la suite jusqu’à Brest est (inter)minable. De la descente, de la bosse, de la route rugueuse sans arrêt. Et enfin, après la mer, un bon raidillon de 2 km à travers les immeubles pour arriver.

Mardi 20h35, Brest, km 604 lycée Ch.de Foucaud, 1h20 d’arrêt. Déjà 150 cyclos passés. La douche brûle, le massage est lourd (une bretonne de la Croix-rouge par cuisse), et le repas chaud en galère. Le régional et ami Pierrick Belbéoch, pratiquant éclectique lui aussi, est là, il joue la mère poule avec ubiquité car sa couvée est nombreuse.

Mercredi 23 août 1995 0h, Ty-Douar, km 649. Flèche à droite dans la grange repérée à l’aller. Veste isothermique, cuissard long, je remonte le réveil pour 1h mais c’est le froid qui me réveille à 2h!

Mercredi 3h40, Carhaix, km 685. Hallucinant: des centaines de cyclistes croisés dans le brouillard sur cette petite route!

Mercredi 7h, 10 km avant Loudéac. L’arthrose du genou droit me rappelle à l’ordre et m’incite à débâcher à Grâce-Uzel. Aussitôt cette riveraine me tend une couverture pour pas que j’ai froid!

Malgré tout, toute la journée l’allure sera bonne et, bien que souvent en solo, je remonterai régulièrement des collègues.

Mercredi 18h20, Fresnay, km 1007: le moral en prend un coup car le ciel s’est chargé de nuages d’orages. La pluie s’abat, violente, à la limite de la grêle. J’ai juste le temps de plonger dans un fossé à l’orée d’un bosquet. Les minutes s’égrènent rapidement. Richard Blouin et d’autres courageux passent, trempés. Quand je repars, le ressort s’est détendu.

Mercredi 20h45, Mortagne, km 1061. Pas moyen de trouver de pile plate alcaline pour la lampe frontale. Bref, 20 minutes de perdues.

Je roule donc à la dynamo, bientôt accompagné du sympathique Espagnol Juan Alfredo Machin Muñiz.

Jeudi 24 août 1995 0h45, Nogent-le-Roi km 1145. Dernier contrôle. Juan Alfredo a un message de Madame, et moi j'ai le feu rouge qui ne marche plus. Démontage de l’ampoule, des contacts, contrôle des piles, rien d’anormal. Restons calme. Et c’est là qu’arrive Michel Goni [f] avec 3-4 acolytes. Il me passe un feu rouge et nous continuons ensemble.

Pas la moindre flèche de confirmation dans les 10 km avant Condé (et pourtant les organisateurs en ont disposé 4000 paraît-il), une traversée de la forêt de Rambouillet en montagne russe et quelques zigs-zags dans Elancourt, voilà de quoi ne pas nous faire regretter d’en finir.

Jeudi 4h10, St Quentin km 1202. 56h10 écoulées depuis le départ dont 48h de vélo et un kilométrage manifestement supérieur à celui annoncé. Il paraît que quand on aime on ne compte pas, mais là, j’ai bien envie de compter...

 

Marc Liaudon

 

p.s: 6 CT Lyon sur 6 termineront, ainsi que Philippe Roche, en 59h50 via La Loupe, et Richard Blouin en 65h après avoir confondu Nogent-le-Roi et Nogent-le-Rotrou!


 



[a] Brigitte Kerlouet , championne de Bretagne en 1985, va pulvériser le record  féminin en 44h15

[b] Bernard Chartier , lyonnais 2ème des 24h de l’INSA tout près du vainqueur avec 792 km

[c] Christian Trillat , lauréat d’un tour de France randonneur autonome de 4900 km en 14 jours !

[d] Philippe Roche , cyclo parisien avec qui j’ai parcouru des milliers de km à vélo depuis 20 ans

[e] Alain Boutoux , lyonnais vainqueur des 24h de l’INSA cette année avec 794 km

[f] Michel Goni , sans doute le plus gros avaleur de bornes du CT Lyon qui n’en manque pas



 Mon Paris-Brest-Paris 1999

(récit paru dans L'Echo du Cyclo du CT Lyon, à venir)

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